LA CABANE
Les sapins étaient beaux sur les grands monts déserts ; Au creux des vais muets flottait l'air bleu d'automne ; On entendait au loin chanter les gaves clairs Et, les cheveux au vent, nous marchions dans l'aurore..,
Ami, te souviens-tu que nous fîmes sourire Trois fillettes des champs qui portaient des rameaux î Que le jour était pur ! que leurs yeux étaient beaux ! Et tu t'es retourné pour leur faire des signes.
Te souviens-tu du bûcheron à barbe blanche Qui, pareil au roi Léar, semblait dans la foret Maudire de son sang- rinoTate descendance Et chercher dans les monts l'ombre de ses palais ?
Quand nous avons gravi le haut sentier des patres Le Ions: des bois jaunis et des rochers vermeils. Nous avons vu, debout parmi les fleurs rosàtres. Les filles aux veux d'or, riant vers le soleil...
Salut! ô chères sœurs des lacs de la vallée ! L'œillet et le souci vous ont dit leurs secrets Et des âmes de fleurs tendres et délaissées Soupirent sur vos pas leurs délicats regrets.
Le vent vous a nourries de ses plus purs arômes, Des oiseaux merveilleux ont chanté sur vos fronts Et vous avez appris, là-haut, ce que les monts Ont au cœur d'amitié pour la race des hommes !
— Je sais sur la montagne un lieu battu des vents,
Où se tord et gémit une forêt brisée.
Et j'ai vu, de leurs mains fragiles et levées,
Les vierges consoler les grands chênes mourants..
Je sais à mi-chemin d'une vallée prospère
Une pauvre cabane où nous avons rêvé,
Leurs cheveux embaumaient plus fort que les fougères,
Leur robe en palpitant faisait de la clarté.
C'est là, sous un grand arbre, au chant lointain d'un pâtre, Que nous avons aimé, mystérieusement, Cependant que le soir tombait des monts bleuâtres Et que nos yeux s'ouvraient à des rêves charmants.
Et le sort bienveillant, la propice lumière, Sculptait pour nous, avec les nuages des cieux, De blancs vaisseaux, des rois assis et des chimères Dont la vague grandeur émerveillait nos yeux.
— Oh ! sentiers descendant parmi l'ombre naissante ! Troupeaux errants î première étoile ! cœurs unis ! Oh ! les derniers adieux dans l'heure languissante ! Un signe encor î le chemin tourne et c'est fini !...
Vous avez fui dans la bruyère et les arômes ; Une immense magie enchantait les vallons Et vous sembliez des fées parmi les bleus royaumes Qui traînaient dans le soir leurs robes de rayons.
Quant vous avez franchi la forêt taciturne, Sans doute Titania vous a pris par la main : Les vierges du hameau ont laissé choir leur urne En vous voyant là-bas passer sur le chemin.
Et les bergers diront aux aïeuls, sous les chambres, Que des troupes de fées au fond des vais lointains, Exaltées par le feu des lunes de Septembre, Ont langoureusement dansé sous les sapins.
— Mais nous, les deux amis assis sur la montagne, Et qui portions la gloire et l'amour dans nos cœurs, Nous sommes demeurés ainsi que des rêveurs Qui se sont endormis aux pieds des mont d'Espagne.
Cachant sous leurs manteaux les anges du sommeil, Qu'an rêve merveilleux berça de ses mensonges, Qui ne comprennent plus le monde à leur réveil Et prennent à témoin la lune d'un tel songe !...