OX M'A DIT
On m'a dit qu'un soir d'été On t'avait vue à la brune Au bras d'un jeune écolier Chanter au clair de la lune.
Il avait des cheveux d'or ; Les bosquets étaient propices, Et tu le pressais bien fort...
— Mais moi j'aime ton caprice...
On m'a dit qu'un musicien Qui vivait sur les montagnes, Dans une fête, en Espagne.
Se tua, t'aimant si bien,
Pour t'offrir son cœur fantasque Ainsi qu'un présent d'hymen, Dans le bruit des tambours basques Et l'odeur des cyclamens.
Il te donnait sa jeunesse Pour un signe d'amitié.
Tu ne le fis, par paresse ?
— Moi, j'aime ta cruauté...
On m'a dit qu'aux Casinos De Royan jusqu'à Marseille, Il n'était pas d'yeux plus beaux Que tu dansais à merveille
Et portais une mantille, La rose rouge d'hymen, Les seins nus comme une fille Pour ressembler à Carmen ;
Que, sans se faire brigand, Par un soir de fantaisie On devenait ton amant.
— Mais moi j'aime ta folie.
On m'a dit que le dimanche, Pour aller manger l'hostie Avec une robe blanche, Tu jouais la modestie ;
Que tu riais sous les pleurs, Que tu n'avais pas de songes, Que tu n'avais pas de cœur.
— Mais moi j'aime tes mensonges.
Tu pleures sur les romances Ou pour la mort d'un oiseau,
Tu détestes le silence :
Pour toi le jour n'est pas beau.
Tu ris quand le peuple danse ; Cela berce ton ennui :
Mais tu n'aimes pas la nuit :
Elle est pour toi trop immense.
Tu n'as pas pitié des hommes Qui mourront de faim, ce soir, Mais tu vas chanter des psaumes A vêpres, pour te faire voir.
Tu chéris l'ambre, le fard, La lumière des bougies, Les balcons et les poignards Et tu crois à la magie.
Tes lèvres tremblent de peur Quand on te tire les cartes Et deux colombes qui partent Sont présages de bonheur.
Je sais que la poésie N'a pas de charme à tes yeux Et pour une perle bleue.
Trouvée dans les mers d'Asie.
Grosse comme un grain de blé.
Tu dégraferais ta robe Et danserais jusqu'à l'aube Devant le peuple assemblé...
Je sais au fond de quel lac J'ai jeté tous mes poèmes Et que tu ne comprends pas Lorsque l'on te dit : je t'aime !
C'est ton âme que tu noues Avec tes flots de ruban, C'est ton rêve qui se joue Dans un rayon, sur tes gants;
Quand tu t'en vas sur le mail, Tu fais tourner tes chimères Avec ton grand éventail.
Tu ne connais pas Homère
Ni la beauté de la nuit, Ni l'histoire d'Héloïse, Ni les Mille et une nuùs...
— Mais moi j'aime ta sottise.