‹ Le poème de la jeunesseChapitre 23 sur 58 · AUTRE CHANSON DU POETE IVRE · texte numérisé non relu

AUTRE CHANSON DU POETE IVRE

Dans une auberge à Quimper, Je connus une servante ; Elle avait de beaux yeux clairs Et sa robe était charmante.

Elle était tendre et joyeuse Et disait sans le savoir Bien des choses merveilleuses Sur l'amour et sur le soir.

JE T AIME Ht

Elle conta sa jeunesse, Sans doute pour m'étonner ; Des bouquets et des tristesses.

C'était, ma foi, sans beauté.

Elle me dit ses amours De jadis et de naguère, Qu'une fois et puis qu'un jour.

Mais cela ne me plut guère.

C'est une chose admirable Sur un thème bien nouveau :

Elle me trouvait aimable Et même me trouvait beau.

Je lui dis : La belle histoire Que tu me contes, vraiment ; A peine sij'ose y croire, Bien que cela soit charmant.

Mais l'heure du départ sonne, Hélas ! pour moi trop souvent Et mon feutre est plein d'automne Et mon manteau plein de vent.

J'ai trop vu, le soir, passer

De grands vols d'oiseaux sauvages

Et .j'ai trop vu s'effacer

Mes traces sur le rivage.

Ne donne pas ta tendresse Pour mes airs bons et moqueurs ; C'est une fausse allégresse :

A peine si j'ai du cœur.

Je n'aime pas trop les roses, Pas beaucoup plus les baisers, Mais si je ris de ces choses, ("est pour ne pas en pleurer.

Car au fond je suis un triste En gai passant habillé ; A l'amour, si je résiste, C'est de peur de m'ennuyer.

J'étais né pour être roi Et je ne suis que poète...

C'est ainsi; voilà pourquoi Je hais les honneurs, les fêles

Je porte les cheveux longs.

Parle d'Homère et de Dante.

Pleure au bruit des violons.

Me plais auprès des servantes,

Et j'adore m'enivrer En regardant la campagne Dans les auberges dorées De ces cités de Bretagne.

Servante, oublie ce jeune homme Qui chérit les lieux déserts Et ne sait aimer en somme Que le vent et que la mer...

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