‹ Le poème de la jeunesseChapitre 25 sur 58 · DERNIERE CHANSON DU POETE IVRE · texte numérisé non relu

DERNIERE CHANSON DU POETE IVRE

J'étais tout de bleu vêtu, J'avais un chapeau pointu :

C'était pour te plaire.

Sur le seuil de la maison Nous regardions sans raison

L'étoile polaire...

Un certain soir, nous trouvâmes Un lys beau comme nos âmes Que ta main brisa.

Tu cueillis des feuilles sèches Et puis nous bûmes Veau fraîche Des alcarazas.

Sur le vieux puits accoudés, Nous vîmes nous regarder

Les yeux de la lune.

Un à un, dans l'eau qui dort, J'ai jeté trois écus d'or.

Toute ma fortune.

Et, pauvre fou, j'ignorais Qu'avec eux mon cœur tombait

Dans cette eau profonde.

C'était pour te faire voir Que j'aimais mieux tes yeux noirs

Que les biens du monde.

« A mes oreilles, je veux, M'as-tu dit, des onyx bleus :

Fais le tour du monde,

Comme le marin Simbad ;

Fais-moi reine de Bagdad

Ou de Trébizonde... »

Je t'ai répondu : Je pars !

Et le soir même, au hasard,

Cherchant un royaume, Je marchais sur les chemins.

Les passants, joignant les mains,

Disaient : Le pauvre homme

Je mis un manteau de deuil Et je frappai sur le seuil

D'une hôtellerie, Pour apprendre l'art du règne Au pays des vins qui saignent

Et de la folie.

J'ai dit : Qu'on me donne à boire!

C'est une bien triste histoire, Monsieur l'hôtelier î

JE ï AIME 153

Vous croirez que c'est un conte Si ce soir je vous la conte Sous ces espaliers.

Elle a l'air d'une pervenche Et porte des robes blanches

Sous ses boucles d'or ; Elle est naïve, elle est belle; Mais, pour être aimé par elle,

Il faut beaucoup d'or.

Hôtelier, sois mon ami !

Ses yeux fermés à demi

Ont de si grands charmes !

Si tu les avais connus, Peut-être verserais-tu

Aussi quelques larmes...

Ne peux-tu me faire roi De tous ces champs que je vois, De cette contrée ?

Je serais clément et juste, Pourvu qu'on dresse des bustes A mon adorée.

Ah ! tu ris ; c'est bien ! Mais verse A pleins bords ce vin qui berce

Mon cœur éperdu Et crains de te laisser prendre Toi-même aux sourires tendres,

Aux airs ingénus.

Je n'aurai pour seuls sujets Que les corbeaux des forêts

Et les feuilles mortes.

Cette nuit, je me pendrai A quelque vieux marronnier

Non loin de ta porte.

Tu t'en iras la trouver ; Elle demeure à rêver Sur sa broderie

Auprès d'un puits très ancien; Tu la reconnaîtras bien :

Elle est si jolie !

Dis-lui : J'ai fermé ses yeux.

Il était bon et joyeux ;

Le soir qu'il mourut, 11 riait, miséricorde ! Je vous porte un peu de corde

Dont il s'est pendu.

Ah! gardez-la bien ! Qu'elle aille Avec les croix, les médailles

Contre votre cœur; Car, pour vos amours de femme, C'est un talisman, Madame,

Qui porte bonheur...

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