RUPTURE
Voici le temps des villes d'eaux et des voyages; Pour cette même vie il faut d'autres séjours; Le bruit de la forêt et le vent de la plage Emportent les serments qu'on a faits pour toujours.
Partez donc ! Le soir vient, ù vous que j'ai chérie ! La mort du souvenir a d'ineffables charmes ; Qu'importent les adieux, les mains pressées, les larmes, Si c'était mon plaisir et votre fantaisie!
Il vaut mieux se quitter sans rêve et sans mensonge ; Le chant des mers est doux au fond des casinos ; Aux lueurs des miroirs, vous mêlerez vos songes Et votre éventail rose à la lueur des flots;
Votre petite sœur récitera des fables
Et vous regarderez les campagnes bleuir
Et des cerceaux d'enfant rouleront sur le sable
Et ce sera bien moins cruel que de souffrir...
« Pour toujours ! Je vous aime! Oh î ne m'oubliez pas ! Je vous donne ces fleurs! Je vous donne mon âme ! » Mais ce soir, la vague ironique chantera Et vous admirerez les toilettes des femmes.
Q'est un autre décor et c'est une autre idylle ;
11 monte une magie des roses du pays ;
Puis s'aimer de si loin, c'était si difficile...
Vous me dites : « L'amour est mort ; restons amis
« C'était au bord des flots mystérieux et tendres... C'est en vous ressemblant qu'il me fut d'abord cher Et quand il me parlait je croyais vous entendre... Sachez tout et voyez si je n'ai pas souffert. »
Mais je réponds : « Que cette histoire est monotone! Avant que vous parliez j'en savais les détails; Il m'importe bien peu, puisque je vous pardonne, Le nombre des baisers ou des coups d'éventail.
« C'est la faute des vérandahs et des mantilles, De votre tresse blonde et des valses du soir. Allez en paix à votre vie, ô jeune fille! Mais n'en dites pas plus que je n'en veux savoir..,
« Que j'ignore comment, devant la grande mer, D'un geste théâtral vous déguisiez vos larmes Pour mieux les laisser voir dans un sourire amer, Et d'un remords banal tiriez un rare charme.
« Je sais que chaque pleur est un nouvel attrait. Que toujours le baiser qui trahit nous embaume. Qu'à l'amour le mensonge ajoute un goût secret, Que cette comédie est douce à tous les hommes.
« Ne vous traitez donc plus d'infidèle à vos songes. D'ingrate et de cruelle en me prenant la main, Car j'estime au-dessus d'un si commun mensonge Votre robe à volants et vos airs enfantins... »