‹ Le poème de la jeunesseChapitre 28 sur 58 · LA CITE · texte numérisé non relu

LA CITE

Lorsque un homme a marché tout le jour sur la route Et que le soir descend, il a soif, il est las. Auprès d'une fontaine ombragée il se couche Et sous sa robe noire il se croise les bras.

Mais quand le rossignol, aux rayons de l'aurore, Chante dans la forêt la chanson du matin, En voyant la campagne au loin blanchir encore, Il renoue sa sandale et reprend son chemin.

Comme le rossignol, là-bas des voix t'appellent ;

Regarde l'horizon comme le voyageur :

Vois la ville à tes pieds, mélancolique et belle,

Cette urne en marbre noir toute emplie de douleurs.

Va-t'en le long des rues et le long des canaux Où, comme auprès du Styx, de tristes ombres bougent; Marche d'un cœur égal sans laurier ni flambeau, Car la misère veille avec sa lampe rouge.

Tu verras le mendiant ainsi qu'un roi déchu, Dont le geste jusqu'aux étoiles se prolonge Et semble déplorer ses palais disparus Et faire signe encor à des peuples de songe.

L'église blanche ainsi qu'une vierge voilée T'offrira la douceur d'un seuil que Dieu fleurit, Où les pauvres croient voir des choses étoilées Comme s'il y brillait une robe de Christ.

Et quand des ouvriers passeront dans la rue, Leur outil sur l'épaule allant vers leur labeur, Devant l'ombre de leurs usines inconnues, La beauté de l'effort renaîtra dans ton cœur.

Et tes jeunes espoirs sous des robes pâlies Chemineront dans l'aube avec ces orphelines Qui, dans un flot de rêve et de mélancolie, S'en vont, l'esprit tourné vers des pensées divines.

Et lorsque tu verras dans le soleil nouveau Sur des balcons de fer pencher de jeunes femmes, Tes chagrins s'enfuiront ainsi que des oiseaux, Dans le souffle léger des chansons matinales...

LE POÈTE

Pourquoi m'effleures-tu avec tes voiles bleus ? Que tu mets de douceur dans tes cloches qui sonnent Qu'on me prenne la main, que l'on me parle un peu, Cela suffit, vois-tu, pour que mon cœur se donne.

Je t'aimerais, cité, de toute mon ardeur, De même que j'aimais les yeux de ma maîtresse. Mais tu m'embrasserais sur un lit de douleur, Tu me prodiguerais de mortelles caresses.

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