LA CHANSON DE LA FORGE
Brûle, mon feu couleur de rêve, Prépare la vie inconnue ; Fais des outils et fais des glaives, Brûle, mon feu, pour la charrue.
Afin que le bon pain des hommes Jaillisse en blés verts des sillons.
Afin que les moissons embaument !
Brûle, mon feu, pour les canons!
Brûle, mon feu. forg-e des barres Qui soutiendront les ponts de fer, Forge la chaîne des amarres Qui font captifs les vaisseaux clairs !
Brûle, mon feu. pour que les cloches Roulent le soir, de seuil en seuil, Des souvenirs et des reproches, Chantent la joie, chantent le deuil !
Brûle, mon feu, pour les usines, Pour les foyers et pour les ports, Pour que le fer des croix s'incline Sur la terre où dorment les morts,
Pour que, dans les champs, le bétail Ait des sonnettes aux voix claires !
Brûle, mon feu, pour le travail !
Brûle, mon feu, pour la prière !
Brûle, mon feu, car il fait froid.
Car la neige s'est entassée Dans le fond des chemins étroits Et que j'attends ma fiancée :
Elle grelottera sans doute En disant : C'est un vilain jour Pour aller ainsi sur les routes...
Brûle, mon feu, pour nos amours î
Brûle, mon feu, pour la beauté.
Car tes couleurs sont merveilleuses Et rien que pour te contempler Je me sens une âme meilleure !
Brûle, mon feu, pour la révolte !
C'est l'incendie que j'aime en toi !
Et quand ta flamme rouge et haute Dans l'atelier monte et flamboie.
Je sais qu'un jour, lointain encore, Tu feras flamber la cité, O mon feu beau comme l'aurore Et beau comme la liberté !