LE COUVENT
O séjour des blancheurs, des lampes, des prières !. Avec les bruits du soir et les souffles du vent. Il passe une douceur qui n'est pas de la terre... C'est un parfum de Dieu qui baigne les couvents.
Les avez-vous pas vues passer au fond des cloîtres Au lent égrènement des chapelets de buis, Sous la cornette blanche et sous la robe droite, Pâles comme des lys, nobles comme la nuit?
Les sœurs de la prière et les sœurs repenties !
Quels attraits ont pour vous, vierges toujours en deuil
La lumière du cierge et le goût de l'hostie
Et ces souffles sacrés qui traînent sur vos seuils ?
Quelle faute nouvelle et toujours pardonnée
Vous rend toujours en pleurs et toujours repentantes
Et fait l'humilité de vos robes fanées,
Quand vous marchez dans les chapelles éclatantes?
Avez-vous racheté tout le sang des pécheurs? Durant les nuits de rêve et les nuits d'insomnie, Celui que vous nommiez le Maître et le Sauveur, Éperdument courbées sur les pierres bénies,
Vous est-il apparu dans sa robe étoilée, Serait-il descendu des croix mystérieuses, A-t-il levé sur vous ses mains illuminées, Tandis que palpitaient les fleurs et les veilleuses?.
Quand, dans le charme obscur du confessionnal,
Vous baisiez ardemment le cœur des Christ d'ivoire,
Avez-vous jamais vu s'animer le métal
Et luire un cœur d'amant tout rayonnant de gloire?
L'amour n'a-t-il jamais effleuré votre bouche Dans les flots de parfums montant des encensoirs, Tordu vos frêles corps sur la blancheur des couches Et fait rouler votre àme avec les vents du soir ?
Et la vie. en soufflant dans ses clairons étranges, Dans le parloir, dans la cellule et dans la cour, Plus haut que l'angélus et que l'hymne des anges, X'a-t-elle pas sonné son grand appel d'amour?
Et tandis que les blés et que les bois ondulent Sur le petit chemin qui conduit au calvaire Où vos processions s'en vont au crépuscule Avec des chants d'enfants et des vents de bannières,
En voyant des amants s'étreindre en s'effaçant Au milieu des bosquets et des fontaines bleues, Savez-vous qu'il montait du cœur de ces passants Un autre hymne muet plus agréable à Dieu?