‹ Le poème de la jeunesseChapitre 37 sur 58 · LES BALADINS · texte numérisé non relu

LES BALADINS

Servante, verse-nous le vin de l'hùtelier ! Que les bouteilles soient comme ta taille ronde, Voilà des ans que nous cherchons sans la trouver Une plus belle fille aux quatre coins du monde...

Or nous suivions le beau caprice de l'espoir,

Et, quand un mauvais sort vidait notre escarcelle,

Nous allions écouter parmi l'ombre du soir,

Dans des bois inconnus, chanter des tourterelles.

Il nous est arrivé, jadis, au temps de mai, Pour rencontre d'amour d'avoir des aventures. Or nous avions langage fier et belle allure Et des dames pour nos doux yeux nous ont aimés.

Mais nos vingt ans étaient un pourpoint de parade, Nous en avons laissé des lambeaux accrochés A tous les carrefours où nous avons passé Et leur clair souvenir parle dans nos guitares.

Donne du vin, nous avons fait un long voyage Dans des pays muets où sont de grands châteaux, N ous avons vu maintes cités et maints villages Et le vent vient chanter aux trous de nos manteaux.

Notre jeunesse aussi a fait un long voyage; Le printemps de nos cœurs, nous l'avons gaspillé ; Mais qu'importe les jours en allés et notre âge Si tu verses encore le vin de l'hôtelier,

LES AMOURS DES PAUVRES 23 i

Si l'un de nos refrains dans ta mémoire reste Et si, ce soir, ayant dansé dans les jardins, Pour payer noblement, les dames, d'un grand geste. Font danser un peu d'or au fond des tambourins !

LA JEUNE FILLE ET LA VIE I. — La jeune i ille

Elle dorlote encor sa dernière poupée

Et déjà s"est mêlée en ses regards charmants,

Ses rires enfantins, ses mines étonnées,

La langueur de la femme aux grâces de l'enfant.

Elle courait naguère en robe de fillette Et ses cheveux brillaient dans les rayons du jour ; Mais une fois... Elle est de celles qui s'arrêtent De jouer au cerceau pour jouer à l'amour...

Une ibis que les vieux tilleuls des esplanades Etaient pleins de parfums, d'ombre et de volupté Et qu'au loin se mêlaient les chants, les cavalcades. Les toilettes, les fleurs, dans l'air chaud de l'été,

Voilà que la lumière ou que le vent du soir Fit courir sur sa chair une étrange caresse Et qu'elle se sentit rougissante d'avoir Une robe trop courte et des cheveux en tresse.

Une langueur nouvelle, un désir de pleurer, Inconnus jusqu'alors, venaient de naître en elle C'était près d'un bassin, elle alla s'y pencher Et l'eau lui murmura : Enfant, vous êtes belle I

Depuis, près du miroir se peignant à l'aurore.

En écoutant des rues les bruits mystérieux,

La voix qui la flattait vint la bercer encore ;

Ses yeux furent plus beaux d'avoir connu leurs feux,

Et dès lors elle marche avec plus de noblesse, Elle joue à merveille avec ses airs naïfs, Elle sait faire un charme exquis de sa faiblesse, Elle est audacieuse avec des veux craintifs.

Que la vie semble belle à ce cœur ignorant! Les voluptés du soir l'enivrent et l'embaument; Sa pudeur est blessée délicieusement De sentir sur son sein flotter un désir d'homme.

Elle est devant l'amour comme une enfant des bois Qui s'en vint, les pieds nus, la tête de fleurs ceinte, Pour porter des présents dans le palais du roi Et pleure, sur le seuil, d'espérance et de crainte.

Son àme sensuelle et vaguement artiste Rêve d'un enfant blond et comme elle ingénu Qui l'aimerait au chant d'une musique triste, Et de brutale étreinte en des bras inconnus.

Plus le ciel est couvert et plus elle défaille ; L'influence du vent rend ses regards plus doux : Elle croit au pouvoir des croix et des médailles, Elle invoque des saints qu'elle porte à son cou.

A l'église elle va parfois dire ses peines.

Goûtant la volupté fraîche du lieu désert :

Mais le regard des Christ ne l'effleure qu'à peine

Et celui d'un jeune homme entre au fond de sa chair.

Porter l'eau pour les Heurs, faire le feu, broder, Lire un livre trop long sont des soins qui l'irritent ; Elle aime des bouquets la rapide beauté : Elle les chérit mieux parce qu'ils meurent vite...

A sa moindre paresse elle met quelque orgueil. Croyant confusément qu'être belle est sa tâche. Que les passants rêveurs sourient quand elle marche Et qu'un ange de Dieu veille auprès de son seuil.

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