‹ Le poème de la jeunesseChapitre 38 sur 58 · II. — Moi je t'aimais · texte numérisé non relu

II. — Moi je t'aimais

Moi je t'aimais, enfant, comme on aime au printemps Un grand lys qui jaillit dans un lieu solitaire, Parce qu'il est splendide et parfume le champ, Que nul travail humain n'a préparé sa terre,

Qu'il est toujours près de mourir, étant fragile, Que le vent l'a nourri de ses plus purs baisers, Que la nature l'aime et qu'il est inutile Et gêne le semeur qui craint de le briser.

Jamais, un soir de bal, au bruit des instruments,

Dans la mélancolie des fêtes finissantes,

Je n'ai de l'amitié rompu l'enchantement

Et serré ta main chaude en mes mains frémissantes.

Quand nous allions, les soirs do mai, dans les banlieues. Sur les chemins bordés de villas, côtoyant Un petit bois de pins dont les ombres sont bleues, Où deux vieux, une fois, rirent en nous voyant.

Près du bassin perdu qu'ombrageait un grand saule Alors que ton regard cessait d'être enfantin. Je n'ai jamais posé mon front sur ton épaule. Jamais mon cœur d'ami n'a battu sur ton sein.

Pourtant l'herbe tremblait par les désirs frôlée. Tu te tournais vers moi, troublée et rougissante. Des amants s'étreignaient au tournant d'une allée Et je croyais mourir sous la lune naissante,

Tant tes yeux me parlaient mystérieusement. Tant ton cœur éperdu de sa première ivresse, Ne sachant pas s'offrir, était noble et charmant. Tant les bois embaumaient, joyeux de ta jeunesse.

Mais je fus près de toi comme est un frère aîné Près de sa blanche sœur qui dort et qui soupire Et sourit en rêvant, et qu'il craint d'embrasser, De peur qu'elle s'éveille et cesse de sourire...

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