III. — Le plaisir
Je règne sur les fleurs et règne sur les âmes ;
Je suis l'éclat mortel du bal qui va finir
Et l'esprit des bijoux qui brille aux doigts des femmes
Et j'ai plus de rayons que tu n'as de désirs.
Je suis le peigne d'or que porte sur la tète Celle que tu suivras d'un long regard d'envie, La robe qui palpite au vent des nuits de fête Et l'éventail qui tremble aux terrasses fleuries.
Je suis l'éclat du lustre au matin blanchissant Et le bouquet jeté par la fenêtre ouverte, Le piano qui meurt une nuit de printemps, Devant un grand jardin, dans une rue déserte.
Je suis l'or merveilleux, For jaune, l'or qui danse, Ce vieil astre éperdu surles cieux des cités, Qui fait hurler d'amour les foules en démence Et qui tache de sang les fronts immaculés.
Dans les brises du soir je me glisse et t'apporte Ces soupirs et ces vœux, ces désirs, ces langueurs ; Je luis dans ton miroir et tourne avec ta porte Et parle obscurément avec la voix des fleurs.
Je t'enveloppe toute en mes enchantements Et pour tes yeux chaque rayon est un vertige ; Parmi tes blancs coussins, sur tes sommeils charmants, Je déploie la magie de mes tendres prestiges.
Tu te penches vers moi sans rêve et sans douleur ; Je sens que peu à peu tu te prends à mes pièges ; Comme autour d'un clocher s'envole un peu de neige, Ainsi la pureté s'enfuira de ton cœur.