IV. — Les faiblesses
Je me sens si petite et le soir est si grand; J'ai d'étranges ardeurs que je ne peux comprendre ; Quelquefois, le matin, je m'éveille en pleurant; Le foyer a pour moi des signes dans ses cendres.
Quand je marche, le soir, le long des promenades,
Des visions d'amour accompagnent mes pas ;
Je rêve de balcons, de fleurs, de sérénades,
D'un jeune homme qu'on aime et que l'on ne voit pas.
Jl serait triste et fier comme dans les romans ; Je garderais dans un album avec ivresse Une rose jaunie attachée d'un ruban Et je lui sourirais quand j'irais à la messe...
Mais que mon rêve est loin des choses de la vie ! Chaque soupir de l'air frémit comme un désir ; Quand je rne laisse aller à des mélancolies. Les appels de la vie les font vite mourir.
Si les passants, le soir, d'un long regard me suivent. Est-ce d'avoir un air trop tendre ou trop charmant, Parce que je rougis et que je suis naïve Ou parce que je passe auprès d'eux simplement ?
Est-ce là de l'amour'? est-ce que je suis belle? Un charme llotte-t-il avec mes vêtements7 Je me sens effleurée par d'invisibles ailes, Et je marche sans voir dans un enchantement..,
Les regards sont si beaux de ceux qui nous désirent
Que le soleil couchant ne les efface pas !
Ils nous disent tout basle prix de nos sourires
Et les regrets d'amour qui traînent sur nos pas.
Je ne sais ce que j'ai, je ne sais si c'est mal,
Mais j'attache aux bijoux plus de prix qu'à moi-même
Et j'ai des nostalgies de fêtes et de bals
Dont mes langueurs d'enfant sont les tristes emblèmes
L'amour me fait trembler et le luxe m'attire; Une voix altérée me nomme en l'ombre vague... Je sens bien que c'est ma beauté que l'on désire... J'ai peur de me donner unsoir pour une bague...