‹ Le poème de la jeunesseChapitre 4 sur 58 · LE MAUVAIS LARRON · texte numérisé non relu

LE MAUVAIS LARRON

Quand sur Jérusalem et les campagnes proches L'ombre des trois gibets s'allongea dans le soir, Comme un des malfaiteurs qui râlait à sa gauche Allait mourir sans foi, sans pleurs et sans espoir,

Jugeant que c'était là la plus grande misère,

Jésus, malgré les clous, se pencha et lui dit :

Pauvre pécheur, je te pardonne au nom du Père !

Et le mauvais larron cria : Je te maudis !

La nuit, rouleuse de péchés, dans le ciel bleu Passa. La terre au loin s'emplit de voix funèbres Et, plus triste, l'impie avant blasphémé Dieu Sonda de son regard l'empire des ténèbres.

Entre tous les humains cet homme était inique;

Il avait confondu le bon grain de l'ivraie

Et les soldats avaient enterré sa tunique,

Le sang l'ayant rendue rouge comme une plaie.

Le soir, aux voyageurs son bras était funeste ; Les ombres des assassinés flottaient dans l'air, Appelant sur son front les châtiments célestes, Car leur corps sans tombeau gisait dans le désert.

Et comme il est écrit sur les livres de pierre

Où des prophètes dort la justice et le cœur,

Il devait, lui. l'injuste, à son heure dernière,

Hurler d'effroi dans l'ombre et mourir dans l'horreur.

— Or, sur le chemin noir creusé dans le Calvaire Marchait une mendiante un bouquet dans la main ; Son regard était plein d'une étrange lumière ; Elle était des tribus qui vontsurles chemins.

La foudre du Seigneur planait sur la campagne. Le vent faisait flotter ses cheveux dénoués ; L'ombre augmentait ; c'était l'amie et la compagne Du triste ouvrant là-haut ses bras crucifiés.

Elle mouilla de sang sa bouche et ses paupières ; Elle frappa son cœur et sa face ternie ; Elle écouta, debout près des croix solitaires, S'il ne tomberait pas quelque cri d'agonie...

Elle semblait dans l'ombre un grand oiseau nocturne, Son voile jaune étant parle vent écarté ; Elle tendit ses fleurs vers le front taciturne Que de son signe noir la haine avait marqué,

Pour adoucir un peu le déclin du supplice Au pauvre compagnon d'opprobre et de remords, Afin qu'un peu de miel soit au fond du calice, Afin qu'un peu d'amour le berce dans la mort.

— Alors l'homme, inclinant son visage dans l'ombre. Reconnut la mendiante et respira les fleurs. Et lui. l'esclave ayant sur son échine sombre Porté toute sa vie le fardeau du malheur,

Qui, comme un voyageur sans bâton ni lumière,

Avait toujours marché sans pardon ni bonté,

En voyant à ses pieds cette sœur de misère

Lui porter d'humbles fleurs aux champs pour lui coupées

Sentit son front briller plus que le front du Christ, Il entendit chanter des musiques profondes, 11 vit au ciel venir des anges et sourit, Ayant compris l'amour et la bonté du monde

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