VI. — Un lys est mort
Or la vierge, ce soir, sans amour s'est donnée ; Les lampes ont pâli près de ses boucles blondes ; Un oiseau palpitait aux vitres étoilées, Et le vent du printemps enveloppait le monde.
Elle a caché ses yeux avec ses mains tremblantes ; Des faces ont paru dans les miroirs pâlis ; La chambre s'est emplie de formes frémissantes Et des voix ont parlé dans les rideaux du lit :
« Adieu les frais espoirs, les chansons enfantines. Les rêves qui passaient en des robes de ciel, La joie de s'endormir sous les ailes divines
De ton ange gardien, le baiser maternel.
« Adieu l'espoir d'aimer l'amant choisi par toi Avec la pureté de la nature auguste, Comme un ruisseau qui passe aime l'herbe des bois Comme une fleur qui monte aime un sauvage arbus* 3
« Un don mystérieux, une flamme légère S'est à jamais, ce soir, de ton âme envolé Que ne te rendraient pas mille jours de prières, Que l'or de mille nuits ne pourrait racheter... »
Et l'enfant, sans comprendre, a répandu des larmes Sur cette aube du cœur qu'un seul baiser emporte ; La surprise et la crainte ont fait plus grands ses charme s Et le vent l'a bercée comme on berce une morte.
Or les cloches là-haut n'ont pas cessé de rire, Les mères de chanter au-dessus des berceaux. Et le soleil de Dieu n*a pas cessé de luire Et le ciel était plein de rêves et d'ois eaux,
Et le juste, ce jour, ainsi qu'il a coutume, Pour aller à sa tâche a vêtu son manteau, Et sur la ville, au loin, qui rougeoie et qui fume, Nul ange ne parut agitant des flambeaux :
Un grand vent ne s'est pas levé du fond du ciel, Troublant les cœurs, soufflant sur les lampes qui brillent. Et la nature a vu de ses grands yeux cruels Se flétrir la plus pure entre toutes ses filles.
Et seul pourtant, là-bas, dans un petit jardin Où la vierge a vécu ses premières années, Où le sable criait sous ses pas enfantins, Où son rire s'éparpilla dans les allées,
Comme un mélancolique emblème de son sort, Jetant dans le printemps son cœur qui s'évapore Et sous sa robe blanche immolant sa chair d'or, Un grand lys qui s'ouvrait est mort avec l'aurore.