‹ Le poème de la jeunesseChapitre 44 sur 58 · L'OR · texte numérisé non relu

L'OR

Dans les cloîtres en ruine et les châteaux détruits, Je cherche les trésors enfouis sous la terre ; J'aime les souterrains, et je scrute les puits, Et vais toujours pensif et toujours solitaire.

Dans certains lieux déserts je joue de la guitare Et chante en me penchant sur la terre qui dort, Pour savoir si mon chant monotone et bizarre Ne va pas éveiller le cœur des pièces d'or.

Ceux qui me voient passer disent que je suis fou, Car ils ne savent pas qu'ayant sous mon front pâle Les esprits des joyaux, de l'or et des bijoux, Astrologue nouveau je cherche des étoiles.

Si les astres, un soir, du ciel disparaissaient, Une profonde horreur couvrirait les campagnes, Les voyageurs perdus crieraient dans les forets Et les cors des bergers empliraient les montagnes,

La terreur chanterait dans les tocsins profonds Et le pilote assis sur sa barque dans l'ombre, Ne voyant plus Vénus briller à l'horizon, Roulerait au hasard vers les rivages sombres.

Les trésors enterrés sont des astres perdus ; Tant de splendeur reluit dans les pièces dansantes! Et moi je veux de ces lumières disparues Faire en les déterrant des étoiles vivantes.

Car si je possédais l*or jaune et merveilleux Et si je m'habillais de cette robe blonde, Je semblerais drap"é dans un morceau des cieux, Mon empire serait vaste comme le monde.

Le poète tendrait sa lyre et son bandeau De lauriers vers mes mains de pièces ruisselantes Et dirait : Que le rêve est un pesant fardeau ! Je suis las de créer des pensées étonnantes

Et de vivre dans les nuages et les fleurs;

Je suis roi d'un pays de fumée et de cendres ;

C'est dans l'or que flamboient les plus riches couleurs;

Voici mes chants, voici mon cœur, je suis à vendre!

La vierge frémirait de joie en me voyant Et, défaisant les plis des vêtements candides Pour me montrer ses seins chastes et rayonnants, Dénouerait au soleil ses longs cheveux splendides

En disant : Je me livre à toi, docile et nue, Situ me fais coucher dans des lits d'or sculpté; Je trouverai pour toi des plaisirs inconnus. Car ton or est plus beau que ma virginité.

Et les hommes, derrière moi, comme des bètes, Crieraient, se disputant quelque pièce tombée : De l'or pour le malade et de l'or pour les fêtes, De l'or pour qu'un bouquet pare les fiancés,

De l'or pour que l'enfant porte des robes roses Et que les musiciens chantent sur les chemins, De l'or pour les flambeaux et de l'or pour les roses. De l'or pour la prière et de l'or pour le pain!...

— Et c'est pourquoi l'on voit ma robe de mendiant Traîner dans les séjours de pierres et de ruines, Que j'ai des yeux d'apôtre et des airs de voyant, Quand le soleil couchant me baigne et m'illumine ;

Car, un soir, l'or caché, reconnaissant son maître, Miraculeusement et d'une voix étrange, Dans l'ombre s'éveillant, m'appellera peut-être Pour qu'en splendeur et qu'en lumière je le change.

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