‹ Le poème de la jeunesseChapitre 45 sur 58 · LA GLOIRE · texte numérisé non relu

LA GLOIRE

Sais-tu bien que ce poète, Lorsqu'il te prend dans ses bras, A rêvé d'orner sa tète D'un laurier qu'on ne vend pas?

Quand il te dit : Le ciel rit Aux amoureux que nous sommes!

Sais-tu bien qu'il s'est promis De faire rêver les hommes,

Comme, quand un roi est mort, Rêve une foule muette Devant une châsse d'or Où brûle un cœur de prophète ?

Non, il ne faut pas me croire !

Mes serments comptent pour rien !

Je suis l'amant de la gloire Bien-aimée, plus que le tien !

A tes bagues, à tes roses, A tes rires enfantins, A ta jupe aux volants roses, A ta chanson du matin,

Je préfère mille fois Le chant de la renommée, Qui monte, le soir, vers moi, Dans les bruits et les fumées.

Quand, assis à la fenêtre, Sur la campagne et les bois, Nous voyons la nuit paraître, Mes deux mains entre tes mains

Et mon cœur contre ton châle, J'entends des voix m'appeler Et je crois voir mon étoile Lorsque ta bague a brillé...

Mon amour est un mensonge, Ne crois pas même à mes pleurs, Puisque le plus beau des songes Que je portais dans mon cœur,

Pour moi seul, ô ma maîtresse, Pour moi seul, je l'ai gardé, Et que, malgré nos caresses Tu ne m'as pas possédé...

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