‹ Le poème de la jeunesseChapitre 54 sur 58 · LA FORÊT BRISEE · texte numérisé non relu

LA FORÊT BRISEE

Qu'as-tu fait, bûcheron, qu'as-tu fait?

Qu'as-tu fait de mes fleurs, de mes branches, De mon cœur, de mon sang, qu'as-tu fait? Toi qui semblais si bon avec ta barbe blanche...

A présent, mes buissons sont tous morts Où les sources passaient long voilées Et portant un petit anneau d'or Donné par le soleil comme à des fiancées.

Ils sont morts les beaux chênes sacrés 1 Qui dataient de l'aurore du monde.

Ils tenaient des discours inspirés...

Leur âme en s'envolant devint une colombe.

Ils touchaient le ciel bleu de leur front ; Indulgent aux amants et propice Leur ombrage était doux et profond.

Les seigneurs du pays y rendaient la justice.

Les belles y rentraient en rêvant Mais sortaient quelque peu décoiffées Et la joue d'un baiser rougissant...

Et c'était le pays des beaux contes de fées..,

Maintenant, quel désastre et quel deuil ! On fera de mon bois des armoires, Des maisons, des berceaux, des cercueils... Pour cet humble destin j'ai conquis tant de gloire !

Un joueur d'instrument taillera Une flûte avec mes branches mortes Et mon âme le soir passera Dans le gémissement des meubles et des portes.

Mais j'étais bûcheron, ton amie !

A l'hiver tous les deux nous tremblions ; .le t'avais abrité de la pluie Et nous étions si vieux que nous nous ressemblions.

Qu'as-tu fait, bûcheron, qu'as-tu fait?

Vers le sol, chaque jour, tu t'inclines, Oublieux de la vieille forêt ; Mais quand tu t'en iras dormir sous la colline

Les ombres de la mort sur le front, Et portant dans tes bras ta cognée, Les derniers de mes arbres diront :

Dors en paix, bûcheron! Qu'il te soit pardonné!

Que la terre à ton corps soit légère Et léger à ton cœur le remords ; D'un ingrat, ombrageons la poussière.

Berçons-le de nos chants comme les autres morts !...

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