‹ Le poëme de LucrèceChapitre 13 sur 93 · VIE EX SENTIMENTS DE LUCRÈCE · texte numérisé non relu

VIE EX SENTIMENTS DE LUCRÈCE

quelque vraisemblance, qu'éclairé par la doctrine d’Épicure, et tout fréinissant encore de ses terreurs passées, il s’est l'etourné tout à coup contre des spectres malfaisants. D’où lui viendraient donc des emportements imprévus contre les dieux au milieu d’une démonstration scientifique? Pourquoi ne lui suffit-il pas de prouver, avec le calme d’une science convaincue et confiante en elle-même, la vanité des croyances païennes? Pourquoi ces assauts sans cesse répétés contre des idées qui, selon lui, n’ont pas de fondement? Pourquoi cette fureur enfin contre des ennemis qu’il estsûr d’avoir jetés par terre à jamais? Ce sont là les cris de soulagement d’une âme qui se sent enfin respirer, qui échappe à d’effrayantes ténèbres, dont la vengeance ne se contente pas d’avoir vaincu, qui tient encore à triompher *. A voir cette révolte si tenace, les soulèvements de cette éloquence animée par une indignation toujours nouvelle, on ne peut s’empêcher de penser que luimême, quelque assuré qu’il fût dans sa doctrine, n’avait pas été toujours exempt de terreurs, et que son imagination, jadis fortement ébranlée, n’était pas entièrement remise de son trouble. Il ne parle pas comme un philosophe qui discute, mais comme un visionnaire encore ému au sortir d’une lutte contre des fantômes, et qui, s’en étant débarrassé, apprend aux hommes le moyen de s’en délivrer à leur tour. La violence de ses affirmations, l’araer-

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