‹ Le poëme de LucrèceChapitre 27 sur 93 · Lettres · texte numérisé non relu

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CIIAPITHE V.

à donner plus de force à la morale. L'idée de la rémunération était le plus souvent absente de ces fictions religieuses, et la balance de Minos nous parait aujourd’hui fort trébuchante. La raison et le sentiment étaient également révoltés à la vue de ce ténébreux empire. Ceux même qui avait bien mérité dans ce monde, les héros et les justes, étaient aussi malheureux que les criminels dans la triste demeure des ombres et redemandaient les misères de la vie terrestre. On sait avec quelle héroïque impatience l’ombre d’Achille, dans Homère, s’écrie : (( J’aimerais mieux être sur la terre un valet de labour que roi dans les enfere. » En effet, que voulez-vous que fasse de cette royauté vaine cette âme vaillante qui se meut. dans le vide, qui respire encore dans le néant et qui promène dans son pAie royaume ses passions vivantes et son héroïsme impuissant? Je sais bien que dans les poètes grecs surtout et dans leurs imitateurs on rencontre çà et là d’autres images plus douces d’un bonheur qui pouvait tenter les justes et des idées morales plus hautes. Mais que ne trouve-t-on pas dans les poètes de la Grèce, qui ont épuisé tout le domaine de l’imagination, comme les philosophes ont parcouru, sans s’y arrêter, tout le cercle des hypothèses? Nous ne touchons pas ici à ces délicatesses exquises du génie poétique et nous ne parions que des croyances communes. Celles-ci n’étaient ni douces, ni morales, car nonseulement elles ne promettaient rien à l’innocence, mais encore ne menaçaient pas le crime.

LA CRAINTE DE LA MORT. m

Peut-être, pour nous prouver que la justice s’exercait aux enfers, on nous objectera les Ixion, les Tityus, les Tantale. Nous répondons que ces personnages fabuleux, toujours mis en scène par les poètes, sont des victimes, non de la justice, mais de la vengeance divine; ils expient une injure personnelle faite aux dieux. Ne sont-ils pas plutôt des vaincus que des condamnés? Il faut être un Titan, au moins un roi, pour mériter le supplice. Le vulgaire est tout simplement plongé pêle-mêle dans la nuit.

.... Vulgusque cava sub nocto repostum^.

Quand Properce, abordant le problème de la mort, se demande s’il y a des peines aux enfers, il ne parle, comme presque tous les poètes, que de géants :

Sub lerris si jura Deum et tormenta Gigantum

De même que les philosophes dans leurs plus hardies conceptions n’accordaient l’immortalité bienheureuse qu’aux grandes âmes qui avaient gouverné les empires, les poètes, dans leurs tableaux plus populaires, ne livraient aux supplices infernaux que des révoltés qui avaient été, selon la Fable, directement aux prises avec Jupiter. La foule des humains restait au-dessous de la récompense et de la peine. Ce qui fait pour nous la nouveauté et la beauté du

Stace, Thébafde, IV, 478.

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