‹ Le poëme de LucrèceChapitre 29 sur 93 · Job, X · texte numérisé non relu

Job, X

LA CHAINTE DE LA MORT. m

croyance à une vie future comme de la croyance en Dieu * ; elle tient à Tâme, elle en fait si bien partie, que la science la mieux armée a de la peine à l'en arracher. De là vient que les plus grands esprits, les Cicéron, les Sénèque, imaginèrent une autre immortalité, noble et pure, à laquelle on ne peut rien reprocher, si ce n’est qu’elle n’était réservée qu’à l’élite .de l’humanité. De là vient aussi que le vulgaire, après avoir accepté les leçons d’incrédulité, leur devenait inûdèle, se dérobait, pour retourner à l’antique religion. Les philosophes du temps s’étonnent sans cesse de la peine qu’ils sont obligés de se donner pour persuader aux hommes que la mort, l’entier anéantissement, n'est pas un mal. Leur étonnement témoigne de la résistance qu’ils rencontraient. Pline, qui n’est pas suspect, puisqu’il est épicurien, constate cette résistance par ce beau mot plein d’ironie et de dédain : « Notre mortalité est avide de vivre sans fln; avida nunquam desinere mortaliias *. » Sénèque marque plus nettement encore les sentiments de ses contemporains : « Ils ont peur d’étre aux enfers et peur de n’être nulle part ; æque timentneapud înferossint, quam ne usquam *. » Plutarque, qui semble un peu se contredire, qui

1. Les anciens mêmes Tontdit : « Non leve momentum habet consensus hominum aut timentium inferos aut colentium. » Sénèque, Lettres, 117. a Permanere animos arbitramur consensu nar tionum omnium. » Cicéron, Tuscul., 1, 16.

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