‹ Le poëme de LucrèceChapitre 3 sur 93 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Au moment d’entreprendre une longue étude morale sur le Poème de la Nature de l’épicurien Lucrèce, nous croyons devoir déclarer tout d’abord, pour n’avoir pas à rompre par d’inutiles réfutations le cours des pensées de notre poète, que le vif intérêt qu’il nous inspire n’implique en rien une adhésion à sa doctrine. La précaution serait vaine, si de nos jours il ne s’était produit une philosophie assez semblable à celle d’Épicure, qui considère aussi toutes les croyances spiritualistes comme des préjugés sans fondement, prétend tout expliquer par les mouvements de la matière et supprime dans le monde la cause première et ordonnatrice. Comme ces doctrines contemporaines qui rappellent l’entreprise de Lucrèce sont fort célébrées, il nous paraît opportun et honnête de prévenir que nous n’avons

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aucun droit à la faveur dont elles sont en ce moment

l’objet.

Tout en condamnant l’épicurisme, nous croyons que l’on peut, que l’on doit s’intéresser même à ses erreurs. Faudrait-il être de ces esprits timorés, comme on en rencontre aujourd’hui, qui repoussent avec un dédain peureux toutes les doctrines contraires à leur foi, qui voudraient qu’on les accablât sous le mépris ou qu’on les opprimât sous le silence, et regardent comme une forfaiture ou une preuve d’indifférence coupable de leur faire les honneurs d’une exposition clémente? Mais si on écoutait cette dureté doctrinale, l’histoire de la philosophie ne serait plus qu’une suite d’exécutions sommaires. Vous craignez de voir admirer Lucrèce parce que vous le prenez pour un athée, m^is alors vous pourrez bien fermer les yeux à la belle morale de Sénèque, qui repose sur les principes du panthéisme stoïcien. Pour une raison de doctrine ou pour une autre vous serez insensible à la beauté de toute la morale antique. Où ce scrupule ne peutil conduire ? si votre unique souci est de préserver de tout contact impur l’intégrité de votre foi ou religieuse ou philosophique, vous risquez d’éliminer même les écrivains chrétiens. Lirez-vous Descartes? Mais son doute méthodique est le principe de toutes les témérités modernes. Malebranche? Mais il est soupçonné de spinosisme. Pascal ? Mais

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VOUS serez peut-être eÔrayé par les cris de sa raison rebelle enco 'e dans sa docilité. Chercherez-vous un refuge aupr ' ' du tendre Fénelon? Mais il a été condamné. Il no vous reste plus que l’infaillible Bossuet. Mais le gallican Bossuet lui-même commence à devenir suspect et à inquiéter des consciences. D’exclusion en exclusion, nous voilà réduits à ces livres qu’on entend quelquefois recommander, qui sont sans péril parce qu’ils sont sans pensée, et qui ne prouvent que trop leur innocence.

S’il est juste, si c’est un devoir même pour chacun de maintenir la fermeté de ses principes en façe des doctrines présentes qui les menacent, et de Qiettre, en quelque sorte, ses idées sur le .pied de guerre pour la défense actuelle de ses convictions, il faut savoir aussi considérer tranquillement les anciennes doctrines qui sont loin de nous et ne sont un danger pour personne. A une certaine distance, l’histoire de la philosophie doit être pour nous un simple spectacle, une espèce de drame, dont les divers systèmes forment les actes, où l’esprit humain, comme le héros de la tragédie Antique, est aux prises, non avec la fatalité, mais avec le problème de la destinée humaine, faisant effort pour percer les ténèbres qui l’enveloppent, essayant de se frayer un chemin vers la lumière, tour à tour invoquant une puissance suprême ou la reniant, tantôt éclatant en hymnes, tantôt en blas£>hëmes offrant enfin au spec-

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tateur les diverses attitudes de la confiance paisible, de l’espérance satisfaite, de la résignation sombre, de l’indüTérence découragée. C’est donc avec la man* suétude d’un simple spectateur, avec une curiosité respectueuse pour la grande âme et les égarements sincères de Lucrèce, que nous nous proposons d’étudier son hai’di poème et de l’étudier en touteliberté.

Aussi bien, l’épicurisme, sous sa forme antique,' est réfuté depuis des siècles. Il a eu la chance, pour lui fâcheuse, de rencontrer des adversaires, tels que Cicéron et Fénelon, sachant donner à leurs coups non-seulement la vigueur qui renverse, mais encore la bonne grâce qui empêche de plaindre le vaincu. II ne se trouvera plus un Gassendi pour le relever du discrédit où il demeure à jamais enseveli. En effet, la science physique sûr laquelle le système repose n’est que le roman de la nature, roman peu vraisemblable et qui n’a pas toujours le mérite de divertir. Sa théologie est d’une simplicité si enfantine qu’on se demande si elle est vraiment sérieuse. Sa morale, sans être volontairement corruptrice, est du moins équivoque et a le tort de mettre trop à l’aise tous ceux à qui il importe que le mot de vertu ne soit pas clairement défini. Enfin, les arguments qui paraissent les plus redoutables dans le système, ceux qui sont dirigés contre la Providence et le gouvernement divin du monde, ne sont plus

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pour nous qu’un antique appareil de guerre que l’histoire de la philosophie recueille et expose à nos regards, comme dans un musée, et doni on est quelquefois tenté de sourire, bien que ces amiies vieillies aient été la terreur d’un autre âge.

Ce n’est pas que l’épicurisme ait entièrement disparu du monde et qu’il n’ait gardé des fidèles, mais il n’est plus une doctrine ; ce n’est plus qu’un ' nom convenu dont on décore une élégante maladie de l’âme. Aujourd’hui on n’est plus épicurien à la façon de Lucrèce ; on l’est piar caractère, par tempérament, par habitude. L’épicurien de nos jours se passe volontiers de raisonnements et ne songe guère à se faire des dogmes; il professe de n’en point -avoir, il fait gloire de ne relever d’aucun maître, de peur de rencontrer un joug incommode.

Il n’est pas non plus enthousiaste, comme Lucrèce, et ne pense pas à faire des prosélytes ; il se contente parfaitement de son propre bonheur, sans prétendre encore faire le bonheur d’autrui, et, s’il est parvenu à cette indüTérence exquise qui est sa félicité suprême, ce n’est pas qu’il se soit attardé dans les sévères jardins d’Épicure, il s’est tout simplement assoupi sur le mol oreiller de Montaigne.

Quoique l’épicurisme, sous sa forme dogmatique, soit aujourd’hui abandonné, ce n’est pas à dire que le Poème de la Nature ne soit qu’un brillant tissu d’eiTeurs et que nous n’aurons dans notre étude

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qu’à contempler un beau style décorant des idées fausses. Nous ne savons pas ainsi séparer la forme du fond et. nous ne connaissons pas de beau vers qui ne soit en même temps un beau sentiment ou une belle pensée. Pour nous l’éclat poétique n’est que de la lumière condensée en éblouissante brièveté. Ce qui est mort, inanimé dans le livre, c’est le système, je veux dire un certain arrangement ai'tificiel et peu solide, une suite d’hypothèses sans consistance, des principes hasardés, des conclusions téméraires, en un mot, ces formes étroites dans lesquelles la pensée d’une époque s’enferme, que l’esprit humain dédaigne en grandissant, dont il se dégage avec le temps et qu’il laisse tomber derrière lui pour revêtir une forme nouvelle. Tout système ressemble à ces enveloppes légères dont parle Lucrèce, qui nous fournit lui -même une juste comparaison, à ces tissus serrés et pourtant fragiles que des êtres vivants ont longtemps habités, jusqu’à ce que les premiers feux du printemps, en leur communiquant une vie nouvelle, les aient débarrassés de ce vêtement d’un jour, inerte dépouille qui flotte bientôt le long des buissons,

Gum veteres ponunt tunicas æstate clcadæ...

...Nam sæpe Tidemus

Illarum spoliis vepres volitantibus auctas.

Maïs de ces formes desséchées s’échappe une pen-

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sée vivante, ailée, immortelle. Le système est faux, mais les sentiments du poète ne le sont pas. La science est surannée, mais ce qui est toujours jeune et d’un intérêt impérissable, c’est l’enthousiasme du poète pour la science, sa confiance dans ses découvertes et son admiration pour les lois immuables de la nature. Ses combinaisons d’atomes ne sont qu’une hypothèse arbitraire; mais quoi de plus vrai que ces vastes peintures où le poète se plaît à montrer que rien ne périt dans le monde, que tout se transforme? Si les explications systématiques sont souvent erronées, les observations naturelles du poète sont admirables et ses tableaux n’ont rien perdu de leur vérité ni de leur fraîcheur. A plus forte raison pouvons-nous dire que la partie morale du poème est digne de la plus attentive curiosité. Il y a cette différence entre les erreurs physiques et les erreurs morales que les unes sont périssables et que les autres s(mt étemelles. L’erreur physique, une fois reconnue et condamnée par l’expérience, tombe à jamais dans l’oubli. L’erreur morale, mille fois convaincue, renaît, se transforme et subsiste toujours. Elle est indestructible comme la passion qui lui a donné naissance, et quand même elle parait oubliée, que nous n’avons plus à la réfuter ni A la détester, elle nous intéresse encore, parce qu’elle est de l’homme et qu’elle fait partie de notre histoire. Qui de nous, à la lecture de certains livres

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PREFACE

célèbres, n’a point pris plaisir à contempler des erreurs auxquelles il était loin d’adhérer, et n’a trouvé comme un spectacle pathétique dans les égarements de quelque grand esprit 1 Parmi ces livres singuliers qui vous surprennent et vous touchent par leur audace même, le poème de Lucrèce est au premier rang, parce que l’auteur unit au plus beau génie la plus noble candeur et une évidente sincérité.

En entreprenant cette étude, nous cédons à l’attrait sévère d’une œuvre poétique que rien dans la littérature latine ne surpasse peut-être en intérêt littéraire et moral, et qui offre encore cet avantage de n’avoir pas été épuisée par la critique. Les anciens et les modernes semblent s’être fait un devoir de n’en point parler. Chez nous quelques érudits, épris surtout de beau langage, ont bien pu rétablir ou pénétrer le texte, admirer la langue sans èntrer dans les pensées et vanter la forme du vase antique sans trop goûter à la liqueur ; d’autre part de libres esprits, tels que Montaigne, Gassendi ou Molière, inclinant vers la doctrine, ont fait du poème l’objet de leurs méditations; mais les critiques proprement dits, ceux qui se chargent de célébrer pour tout le monde les mérites d’un bel ouvrage, paraissent avoir dédaigné le Poëine de la Nature, soit qu’ils aient été rebutés par l’antiquité d’une langue non

encore parvenue à une élégance classique, soit que leur conscience religieuse ait imposé silence à leur

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admiration littéraire'. Si au xviii* siècle, dans Técole philosophique, Lucrèce arrive tout à coup à la faveur, si on le cite môme avec un empressement indiscret, c’est qu’on croit trouver en lui un allié. On ressuscite ses principes et son système, c’est-àdire ce qui méritait le plus de périr. Une philosophie militante et agressive risque alors sous le nom de Lucrèce bien des hardiesses qu’elle n’ose pas toujours prendre à son propre compte. Mais ces éloges intéressés, où il entrait souvent plus de malice légère que de sérieuse étude, ont plutôt compromis la gloire de Lucrèce; ils lui ont donné je ne sais quel air d’irréligion frivole. Ce n’est vraiment que dans notre siècle que la poésie de Lucrèce a été goûtée avec une sympathie désintéressée et jugée avec une indépendance instructive. M. Yillémain, dans une excellente notice aussi vive que courte, a fait le premier dignement les honneurs à ce grand poète négligé, et depuis, M. Patin, dans une chaire de la Sorbonne, a si bien comtnenté le Poème de la Nature qu’il en fait en quelque sorte son domaine réservé et qu’on aurait scrupule d’y toucher, si ses improvisations délicates avaient été recueillies dans un - livre.

Quelque plausibles que soient les raisons de cet oubli volontaire dont nous parlions tout à l’heure et de cette suspicion qui date de l’antiquité même, il n’en est pas moins vrai que Lucrèce est un des

Siv PRÉFACE

plus grands poÉtes de Rome, le plus grand peutêtre, à ne considérer que la force native de son génie. Si le temps où il a vécu ne lui permettait pas d’arriver à la perfection d’un art accompli, ni à ces enchantements soutenus du langage qui vous ravissent dans Virgile, du moins il n’a point sacrifié aux exigences d’un art timide les libres élans de son âme, ni la hardiesse de sa pensée. Il appartient à ces temps orageux de la république, où, grâce à une liberté sans limites et à la faveur même d’un épouvantable désordre politique et moral, chacun écrivait avec* toute sa fougue, sans avoir à se plier à des convenances officielles, où l’on ne songeait pas encore, comme dans la suite, à faire d’une œuvre poétique l’amusement délicat d’une société oisive, ni la parure d’un règne. Quand même on ne serait curieux que de littérature, il y aurait grand intérêt à voir, au moment où la prose latine a rencontré la perfection avec Salluste, César et Cicéron, comment un grand esprit fait effort pour amener au même point la poésie encore attardée, par quel labeur il dompte un sujet aussi vaste que rebelle, comment enfin la vertu d’une inspiration puissante lui fait poiner avec une robuste légèreté le plus lourd fardeau qui ait jamais pesé sur le génie d’un poète. La langue de ce temps a encore la saveur d’un fruit dont l’art n’a pas trop tempéré l’êprelc piquante, et la poésie de ccl âge enferme sous une

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vieille écorce une forte sève, puisée au sol natal et qu’une main savante n’a pas détournée de son cours naturel pour l’épanouir tout entière en gracieuse floraison. Les grands écrivains de ce temps-là, qui touchent au siècle d’Auguste et restent en deçà, font penser à ces autres grands esprits qui ouvrent le siècle de Louis XIV. Leur génie et leur langage ont quelque chose de haut et de fier, de brusque même parfois, mais qui ne déplaît pas. On aime, au contraire, ce vigoureux naturel d’un Descartes, d’un Pascal, d’un Corneille, dont la force n’a pas été réprimée ou réglée par une trop exquise culture, et qui, n’ayant pas toutes les grâces de l’ai*t, n’en ont pas non plus les timidités. Pour emprunter à Lucrèce lui-même une nouvelle comparaison, les génies qui paraissent à l’aurore des grands siècles littéraires ressemblent à ces premiers hommes qui, dit-il, étaient plus robustes, parce que la terre qui les avait produits était encore dans toute sa vigueur, et dont le corps reposait sur une plus vaste et plus solide ossature :

Et minoribus et solidis magis ossibus intus

Fundatum • ••

Ces mérites littéraires de Lucrèce, aujourd’hui bien reconnus, ne seront point l’objet de notre étude. Le Poème de la Nature offre un intérêt moral qui sollicite davantage notre attention : il ren-

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ferme une sorte de mystère psychologique qu‘il n’est point facile de pénétrer tout d’abord et dont l’obscurité nous tente. On est obligé de se deman> der d’où vient que ce poète impie remue le cœur, on s’étonne que ce contempteur des dieux ait le ton d’un inspiré, on voudrait savoir comment cette âme ardente a prétendu trouver le repos et la paix dans la moins consolante des doctrines, dans la négation de la Providence divine et de l’immortalité de l’âme, car tout le poème n’a été entrepris que pour aboutir à la destruction des vérités où l’humanité semble avoir voulu placer toujours ses plus chères espérances. S’il ne s’agissait que d’un frondeur, comme on en rencontre souvent dans l’histoire, qui attaque les croyances communes avec légèreté à la façon de Lucien, qui se complaît dans un scepticisme insouciant, l’incrédulité de Lucrèce n’offrirait rien de rare ni de touchant; mais Lucrèce n’est pas sceptique, ni un cori’upteur frivole, ni un persifleur indifférent. Il a engagé toute son âme dans cette lutte contre la religion, il combat pour sa propre tranquillité, pour tout son être moral, avec une gravité, une foi et des transports qu’on ne voit d’ordinmre qu’à ceux qui combattent pour les idées religieuses. En effet, tandis' que la plupart des hommes qui sont vraiment émus par le problème de la destinée humaine tourUent les yeux vers le ciel et saluent avec joie toutes les lucùrs qui yicü *

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nent à briller de ce côté, Lucrèce, par un mouvement tout contraire, et avec non moins d’enthoumasme, proclame son bonheur quand il s’est démontré à lùi-méme que, dans cette vie et après cette vie, il n’a rien à espérer ni à craindre des dieux.

L’âme désolée de Pascal ne pousse pas des cris de joie plus profonds quand enfin elle se repose dans la possession de la vérité religieuse que Lucrèce lorsqu’il l’a mise sous ses pieds. Les saintes terreurs du janséniste en présence de l’idée divine ne sont égalées que par l’effroi farouche du poète pmen qui s’en éloigne et la fuit. Quel est donc cet étrange état d’esprit, bien fait pour étonner et pour confondre nos idées habituelles sur les besoins de l’âme? Le seul poète latin qui ait éprouvé vraiment une curiosité émue devant les grands problèmes de la vie, le plus sincère, le moins soupçonné d’artifice ou dé déclamation, est précisément celui qui devient l’interprète passionné de la plus triste et de la plus mal famée des doctrines antiques. Nous voudrions examiner ce problème moral et historique avec un libre jugement, sans nous croire obligé par une vaine bienséance à des réfutations devenues inutiles, ni à des injures convenues contre le poète, et en nous rappelant toujours que le système suranué de l’épicurisme sous sa forme antique

n’a plus besoin d’étre attaqué depuis qu’il n’est

svni

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plus défendu et que la faiblesse généralemesü reconnue de la doctrine lui donne aujourd’hui luie sorte d’innocence.

•I Pour mieux peindre Lucrèce, nous l’avons souvent laissé parler lui-méme et nous avons traduit nos citations en vers français. Certains lecteurs trouveront peut-être que nous nous sommes donné là une peine dont ils nous eussent volontiers fait grâce. Nous pouvons leur répondre ingénummit que la peine a été douce, qu’on la prend presque à son insu, que c’ est un vrai et substantiel plaisir, dans les loisirs de la campagne et dans les solitudes.

Per loca pastorum deserta atque oda disy

de porter en soi les sentiments et les idées d’un grand poète, de les presser en tous sens pour les soumettre à un rhythme nouveau, de poursuivre ce qui vous a fui d’abord, de voir tout à coup qu’une pensée est encore plus riche et plus pleine qu’on n’avait cru, de se remplir enfin de ce qu’on admire. Toutes les merveilles jusque-là cachées de la justesse parfaite, de l’harmonie expresrive, de la couleur dioisie vous apparaissent pour la première fois. C’est votre impuissance à les reproduire qui vous les révèle. On jouit ûnsâ de ce qu’on ne peut pas faire, autant que de ce qu’on fait, car dans l’union intime et familière avec un poète qui vous est cher, comme dans une sorte d’amitié, on ne souffre pas

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de ce qui vous accable. Aussi savons-nous, sans en être humilié, combien il nous a fallu rester loin de cette magnificence poétique et de cette majesté romaine. Qu’on nous permette de dire pourtant que nous croyons avoir fait une tentative nouvelle, celle de conserver le mouvement, l’enchaînement logique, la trame serrée d’un poète philosophe qui raisonne toujours même quand il peint. C’est une infidélité que d’oIMr la poésie de Lucrèce en images brillantes, mais brisées. L’exactitude consiste ici à respecter avant tout la suite des pensées; le reste est un agréable surcroît qu’il faut donner si l’on peut. Mms c’est trop insister sur notre essai, car rien ne serût plus vain que de défendre des vers qui ne se défendrment pas eux-mêmes.

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