‹ Le poëme de LucrèceChapitre 31 sur 93 · III · texte numérisé non relu

III

Sans doute, Épicure et Lucrèce ne sont pas Ic^ premiers qui, sur ce point, nous aient mis l’esprit en repos. Depuis longtemps la philosophie avait montré l’inanité de ces funèbres soucis au sujet des restes mortels. On connaît le mot de Socrate mourant et son calme sourire adressé à Criton, qui lui demandait comment il désirait être enseveli : « Mais, mon ami, ce n’est pas moi que tu enterreras, c'esl

1. Proinde ubi se videas hominem indignarier ipsum, Post mortem fore ut ant putrescat corpore posto,

Aut flammis interflat, malisve ferarum;

Scire licet non sincerum soncre, atque subesse Cæcum aliquem cordi stimulum, quamvis neget ipse Credere se quemquam sibi sensum in morte futurum. Non, ut opinor, enim dat quod promktit, et unde.

Nec radicitus e vita se tollit et eicit,

Sed facit esse sui quiddam super inscius ipse.

Vivus enim sibi cum proponit quisque futurum Corpus uti volucres lacerent in morte feræque,

Ipse sui miseret : neque enim se dividit illinc,

Nec removet satis a projecto corpore ; et illum Se fingit, sensuque suo contaminat adstans.

Hinc indignatur se mortalem esse creatum.

Nec videt in vera nullum fore morte alium se,

Qui possit vivus sibi se lugere peremptum,

Stansque Jacentem se lacerari urive dolere.

Nam si in morte malum est malis morsuque ferarum Tractari, non invenio qui non sit acerbam.

Ignibus impositum calidis torrescere flammis.

Aut in meile situm suffocari, atque rigere Frigore, cum summo gelidi cubat æquore saxi, Crgcrive supeme obtritum pondere terne.

iiO CIIAPITHE V.

mon corps. » Diogène, qui dans ses vives répliques mettait, pour ainsi dire, la morale en comédie, avait eu ce dialogue avec ceux qui lui faisaient la même question : « Enterrez-moi au milieu de la campagne. — Mais les bêtes te dévoreront. — Je les chasserai avec un bâton. — Mais tu oublies que tu n’auras plus de sentiment. — Ehl qu’importe donc si elles me mangent ou nonM » De même Lucrèce, par la vigueur pressante de son raisonnement et ce sombre persiflage, a dû fortifier le cœur de plus d’un Romain. Si juste est son opinion, qu’elle est devenue générale, et quelle que soit la diversité de nos doctrines, nous sommes aujourd’hui tous d'accord pour ne pas nous inquiéter du sort réservé à la partie périssable de notre être. Or, tout effort qui a contribué à délivrer l’âme humaine d’une tex’reur inutile peut être regardé comme un bienfait.

Le poète poursuit sa guerre contre la crainte de la mort, et l’attaque de tous côtés. Il provoque les objections, et, loin de les esquiver, il les présente dans toute leur force : « On me dira : Gomment n’avoir pas horreur de la mort quand elle nous arrache à noire famille, â nos enfants, à nos amis dont nous sommes le soutien? » Objection terrible à laquelle les cœurs aimants trouveront toujours qu’il n’est pas de réponse. Un moment Lucrèce se laisse attendrir lui-même*,, il parle de cette triste nécessité en vers touchants qui ont ému Virgile et

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