‹ Le poëme de LucrèceChapitre 42 sur 93 · Tu yero dubitabis et indignabere obire · texte numérisé non relu

Tu yero dubitabis et indignabere obire

Mortua cui yita est prope jam vivo atque videnti. Qui somno partem majorem conteris œvi,

Et vigilans stertis, nec somnia cernere cessas, Sollicitamque geris cassa formidine mentem ;

Nec reperire potes quid sit tibi sæpe mali, cum Ebrius urgens multis miser undique curis,

Atque animi incerto fluitans errore vagaris ?

Si possent homines, proinde ac sentire videntur Pondus inesse animo, quod se gravitate fatiget,

E quibus id flat causis quoque noscere, et unde Tanta mali tamquam moles in pectore constet.

Haud ita vitam agerent, nt nunc plerumque videmus Quid sibi quisque velit nescire, et quaerere semper Commutare locum, quasi onus deponere possit.

Exit sæpe foras magnis ex ædibus ille.

Esse domi quem pertæsum est, subitoque revertit, Quippe foris nihilo melius qui sentiat esse.

Currit, agens mannos, ad villam praecipitanter, Auxilium tectis quasi ferre ardentibus instans : Oscitat extemplo, tetigit cum limina villæ.

Aut abit in somnum gravis, atque oblivia quærit. Aut etiam properans urbem petit atque revisit.

Hoc se quisque modo fugit : at quem scilicet, ut Ct, Effugere haud potis est, ingratis haeret, et odit Propterea, morbi quia causam non tenet aeger;

Quam bene si videat, jam rebus quisque relictis Naturam primum studeat cognoscere rerum.

Temporis aeterni quoniam, non unius horae.

Ambigitur status, in quo sit mortalibus omnis Ætas, post mortem quæ restat cumque, maaenda.

troisième livre, mais de tout le système, conclusion dont les termes surpassent l’attente :

Temporis aeterni quoniam, non unius horae ,

Ambigitor status, in quo sit mortalibus omnis Ætas, post mortem quae restat cumque, manenda.

Tout laisser, tout quitter pour se livrer à l’étude de la nature, qui est en même temps celle de l’âme et de notre destinée, qui nous apprend ce que nous sommes, d’où nous venons, où nous allons, qui fixe notre foi, arrête nos erreurs et nos fluctuations et donne à l’esprit une ferme assiette. Nous sommes '' ici dans les hauteurs morales où se tient Pascal qui, ] comme Lucrèce, attribue à la légèreté avec laquelle on esquive le problème de la vie les misères, les ennuis, les divertissements, les inconstances et toutes les fuites par lesquelles les hommes cherchent à s’échapper à eux-mêmes. Pour l’on et pour l’autre, la science morale est le lest qui empêche l’esprit de verser en tous sens et de trop céder à tous les roulis. Chez tous deux on pareil dédain pour les petitesses et les lâchetés de la pensée effrayée d’ellcmême, une sorte de pitié irritée pour la frivolité ou l’inconsistance humaine et pour les obscurs tourments qui en sont la conséquence. Surpi*enante conformité de sentiments dans une si grande diversité de doctrines I Lucrèce et Pascal se rapprochent et se rencontrent, si on ose dire, dos à dos. Leur génie voisin, mais tourné en sens opposé, contemple chacun avec de sévères délices la profondeur

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