Macerat invidia : Ante oculos illuni esse potentem
Ce n’est pas non plus dans un livre de morale que Lucrèce a pris le poivrait de l’ambitieux ; il l’a vu dans les rues de Borne, il a observé les labeurs et les déconvenues de ce candidat aspirant sans cesse aux honneurs consulaires qui lui échappent sans cesse, véritable Sisyphe roulant son rocher, qu’il ne faut pas chercher dans les enfers, que chacun peut voir bien vivant dans la république'.
Ainsi cette morale toute de doctrine, empruntée à la Grèce, avait pris sous la main de Lucrèce une forte couleur romaine. C’est toujours un plaisir sérieux de trouver en des maximes générales un certain accent qui avertit qu’elles ont été composées en face des désordres qu’elles prétendent combattre. Elles ne sont éloquentes que si une indignation présente les inspire et les anime. La science du moraliste n’a d’intérêt et d’originalité que si elle a été recueillie, non dans les livres, mais dans le monde. Des vérités morales pareilles à celles que nous venons de voir sont communes à tons les peuples et à toutes les sectes; il faut, pour qu’on les distingue, qu’elles portent l’empreinte d’une époque, d'une doctrine et d’un homme. A ces vérités qui circulent partout il faut une effigie et une date, comme à la monnaie. Elles ont ainsi plus de valeur pour le peuple auquel on les destine, elles deviennent aussi
Ilium adspectari, claro qui incedit honore, Tpsi SC in tenebris volvi cœnoque queruntur.