Addo quod absumunt vires pereuntque labore
Addo quod alterius sub nutu degitur œtas.
Labitur interea res, et vadimonia fiunt ;
Languent officia, atque œgrotat fama vacillans. Unguenta et pulchra in pedibus Sicyonia rident Scilicet, et grandes viridi cum luce smaragdi Auro includuntur, teriturque thalassina vestis Assidue, et Veneris sudorem exercita potat ;
Et bene parta patrum fiunt anademata, mitræ ; Interdum in pallam atque Alidensia Chiaque vertunt. Eximia veste et victu convivia, ludi.
Pocula crebra, unguenta, coronae, sei*ta parantur, Nequidquam ; quoniam medio de fonte leporum Surgit amari aliquid, quod in ipsis floribus angat ; Aut cum conscius ipse animus se forte remordet, Desidiose agere aetatem, lustrisque perire ;
Aut quod in ambiguo verbum iaculata reliquit,
Quod, cupido adflxum cordi vivescit, ut ignis;
Aut nimium iactare oculos, aliumve tueri Quod putat, in vultuque videt vestigia risua*
résume en quelques mots les situations les plus' dramatiques de nos tragédies et de nos romans.
Pour ne citer qu’un exemple, dans Adolphe, de Benjamin Constant, il est une situation qui remplit tout le livre, celle d’un homme engagé dans des liens qu’il voudrait et qu’il ne peut pas rompre, qui se plaint a de sa vive contrainte, du despotisme dont il est la victime, qui jette un long et triste regard sur le temps qui vient de s’écouler sans retour, qui se rappelle les espérances de sa jeunesse, la confiance avec laquelle il croyait autrefois commander à l’avenir, l’aurore de réputation qu’il a vue briller et disparaître, et qui souffre enfin de cette inaction forcée à laquelle le condamne le despotisme d’une passion devenue sans charme. » On pourrait donner pour épigraphe à ce livre navrant ces vers de Lucrèce :
Adde quod alterius sub nutu degitur ætas...
Aut quod conscius ipse animus se forte remordet
Desidiose agere aetatem lustrisque perire...
D’autres mots révèlent une pénétration digne de Racine, ceux, par exemple, qui peignent avec une si heureuse hardiesse la jalousie dont la perspicacité déméle sur un visage impassible non pas seulement un sourire, mais les traces d’un sourire infidèle; fn vultuque videl vestigia risus.
Enfin il est des vers où l’on croit sentir quelque chose de la mélancolie moderne, de cette vague ambition morale qui ne peut se contenter des. joies
vulgaires, qui dédaigne le plaisir terrestre et aspire à je ne sais quelle volupté Inûnie. On dirait le pressentiment et comme l’annonce de cette tristesse généreuse dont René, Obermann, des poêles et des romanciers contemporains, se sont faits si souvent les interprètes et qui a fini par devenir un lieu commun de notre poésie :
Hedio de Tonte leporum
Surgit amari aliquid quod in ipsis floribus angat.
Nous ne prétendons pas que Lucrèce ait éié luurmenté, comme on l’a dit quelquefois par le sentiment de l’infini ; il ne recherche pas
Cet amour idéal que toute âme désire
Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour*.
Mais nous croyonsqu’il sentait vivement et plus que tout autre ancien ce qu’il y a de fragile, d’incomplet, de limité dans la nature humaine. Il y a un mot qui revient souvent dans ses vers, quand il parle ou de puissance ou de plaisir : nequicquam, c’est en vain. 11 semble voir partout les bornes des choses et s'y heurter avec douleur. On conçoit d’ailleurs qu’une âme ardente et noble, emprisonnée dans uneétroile doctrine dont l’austérité indigente ne pouvait ni nourrir ni fortifier le cœur, ait ressenti de ces vagues ennuis qu’elle ne pouvait pas elle-même défi-