‹ Le poëme de LucrèceChapitre 64 sur 93 · Diogène, X · texte numérisé non relu

Diogène, X

Plutarque, Opm. des vhil.» 111» 1.

SiO CHAPITRE VII.

selon eux, qu’une science, celle du bonheur. Quoi ! disaient-ils, nous irions, comme Platon, nous consumer dans la géométrie, dans les nombres et dans l’étude des astres, quand nous savons que ces sciences sont fondées sur des principes faux : falsis initiis profecta vera^esse non possunt. Et quand elles nous conduiraient à la vérité, elles ne nous conduiraient pas au souverain bien. Ils se moquaient des mathématiciens qui ne savent pas peut-être « combien il y a de stades d’Athènes à Mégare, mais qui savent positivement de combien de coudées est l’espace qui sépare la lune du soleil, qui dessinent des triangles sur des carrés avec je ne sais combien de sphères, et mesurent, ma foi, le ciel lui-même. » Aussi ne sommes-nous pas étonné que Balbus ait dit qu’Épicure ignorait « ce que font deux et deux, » que ses disciples n’avaient jamais tracé une figure « sur la savante poussière des géomètres. » Les épicuriens parlaient des sciences exactes avec un dédain dont la naïveté est d’autant plus inconcevable qu’eux-mêmes appuyaient tout leur système sur la science physique. N’oublions pas de relever un fait curieux : un jour un grand mathématicien, Polyænus, s’étant converti à l’épicurisme, déclara aussitôt que toute la géométrie est fausse, magnus mathematicus, Epicuro assentiens, totam geometriam falsam esse credidit*. N’avons-nous pas le droit, comme nous

i. Cicéron, Academ,, II, 33; De Finib., I, 21; De nat, Deor,, II, 18. Lucien, Icarotnénippe , 6. — Cicéron dit avec esprit qu’Épicure « aurait mieux fait d*apprendre la géométrie de

avons fait plus haut, de comparer l’ëcolc épicurienne à un couvent?

Mal guidé par cette insouciance d’Épicurc si peu sensible aux découvertes de la science, Lucrèce passé quelquefois à côté des plus belles vérités sans s'y arrêter, ou ne s’y arrête que pour les combattre. Ainsi il réfute comme une ineptie, vanus stolidis error, l’opinion des philosophes qui admettent les antipodes. Cette opinion qu’il repousse, il l’expose avec une précision surprenante; un physicien moderne ne pourrait mieux dire : « Conçoit-on, dit-il avec dédain, que des corps pesants, sous nos pieds, exercent leur gravitation en haut, attachés à la terre dans une position inverse à la nôtre, comme le sont nos images reflétées dans l’eau? D’après ces principes on assure que sur la surface opposée de la terre vont et viennent des êtres animés qui ne sont pas plus exposés à tomber dans les régions inférieures de leur ciel que nous ne risquons nous-mêmes d’être entraînés vers notre voûte céleste. On nous dit encore que ces peuples voient le soleil quand nous voyons les flambeaux nocturnes, qu’ils partagent alternativement avec nous les saisons, les jours, les nuits, qui ont la même durée qu'ont les nôtres*. » 11 est singulier que Lucrèce,

Polyœims, son ami, quo de la lui faire désapprendre. » De Fin., I, 6.

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