‹ Le poëme de LucrèceChapitre 67 sur 93 · Nam per aquas quœcunque cadunt, atque aera rarun · texte numérisé non relu

Nam per aquas quœcunque cadunt, atque aera rarun

Hæc pro ponderibus casus celerare necesse est,

Propterea quia corpus aquœ rem quamque morari.

Aeris haud possunt æque naturaque tenuis Sed citius cedunt gravioribus exsuperata t At contra nulli de nulla parte, neque ullo

Nous laissons aux physiciens le soin de nous dire par quel procédé les anciens ont pu constater cette loi.

Je ne sais pas pourquoi la science moderne prétend quelquefois que les anciens ne reconnaissaient pas que l’air est matériel. Lucrèce, après avoii' dit : « qu’il y a des corps dont il faut admettre l’existence, bien qu’ils échappent à la vue, » fait une longue et poétique description des ravages de l’air, qu’il compare à un fleuve destructeur, et conclut que l’air, « tout invisible qu’il soit, est un corps, puisqu’il balaye la mer, la terre, les nuages du ciel et qu’il est capable de tout entraîner dans la violence de ses tourbillons*. » Le reproche qu’on fait à la physique ancienne d’avoir méconnu la matérialité de l’air tombe devant le tableau et les conclusions formelles du poète physicien.

On trouve dans Lucrèce un certain nombre d’explications très-justes de phénomènes redoutables, au moyen de comparaisons très-simples empruntées à l’observation journalière et qui ressemblent à celles qu’on rencontre dans nos traités de physique. Ainsi, lorsqu’il parle du tonnerre et des éclairs, il fait voir, pour délivrer les hommes de leurs terreurs superstitieuses, que ces prétendues menaces du ciel ne sont que des phénomènes naturels facile-

Tempore inanc potest vacuum subsistere rei... Omnia quapropter debent per inane quietum Æque ponderibus non equis ooncitu ferri. (II, 230.) 1. I, 27.

ment explicables. Il est conduit à se demander pourquoi on voit l’éclair avant d’entendre le tonnerre, et remarque fort justement que le son va moins vile que là lumière. Ce n’était pas alors une vérité commune, car, s’il faut en croire Plutarque, a les physiciens tiennent que l'éclair sort de la nue après le tonnerre encore qu’il apparaisse devant*. » Lucrèce, selon la coutume épicurienne, assimile ce phénomène formidable à un fait connu que tout le monde a pu observer. Il faut encore remarquer ici la précision de ce langage poétique : « Le bruit du tonnerre parvient à notre oreille après que l’éclair a frappé nos yeux, parce que les objets qui s’adressent à l’ouïe ne vont pas si vite que ceux qui excitent la vue. Regardez de loin le bûcheron frapper avec la hache le tronc d’un arbre, vous verrez le coup avant d’entendre le son. De même nous voyons l’éclair avant d’entendre le tonnerx’e, quoique le bruit parte en même temps que la lumière et qu’ils soient l’un et l’autre produits par la même cause, par le même choc des nuages*. » A part la vérité d’observation

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