‹ Le poëme de LucrèceChapitre 85 sur 93 · II, H · texte numérisé non relu

II, H

1. Jamque adeo fracta est ætas, effetaqiie tellus Vix animalia parva creat, quæ cuncta creavit Secla, deditque ferarum ingentia corpora partu. Praeterea nitidas fruges vinetaque laeta Sponte sua primum moilalibus ipsa creavit ; Ipsa dedit dulces fetus per pabula læta,

Quae nunc vix nostro grandescunt aucta labore ; Conterimusque boves, et vires agricolarum

TRISTESSE Dü SYSTÈME. 321

De pareilles idées sur le désordre et sur la dégénération du monde devaient jeter le poète dans une certaine affliction d’esprit. On en peut juger par l’aigreur de ses plaintes. Les doctrines modernes qui ont quelque analogie avec celle de Lucrèce admettent du moins le progrès et laissent à l’homme l’espérance d’un sort toujours meilleur. Selon ces systèmes, auxquels on peut plutôt reprocher d’ètre trop séduisants, la nature elle-même, obéissant à la loi du progrès, a étouffé les enfants monstrueux qu’elle avait d’abord produits et a enseveli leurs gigantesques ossements dans les profondeurs de la terre, comme pour cacher ses premières erreurs. Elle, a enrichi son plan, elle a dégrossi et épuré les formes des animaux et des plantes, elle a varié d’une manière inûnie leurs espèces qui étaient en petit nombre, elle a enfin peuplé d’une série non interrompue et de plus en plus parfaite toute l’échelle des êtres. En un mot, elle semble éti'e devenue plus ingénieuse, plus délicate et plus bien-

Conficimus ferrum, vix arvis suppeditati :

Usque adeo parcunt fetus, augentque labore.

Jamque caput quassans grandis suspirat arator Crebrius incassum manuum cecidisse labores ;

Et, cum tempora temporibus præsentia confert Præteritis, laudat fortunas sœpe parentis,

Et crepat, antiquam genus ut pietate repletum Perfacile angustis tolerarit finibus œvom.

Cum minor esset agri multo modus ante viritim : Nec tenet omnia paulatim tabescere et ire Ad capulum, spatio œtatis defessa vetusto.

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CHAPITRb IX.

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