‹ Le poëme de Lucrèce [microform]; morale, religion, scienceChapitre 12 sur 73 · Sénèque, De vila bcaia · texte numérisé non relu

Sénèque, De vila bcaia

principes, qui n'avaient plus la pudeur de leurs vices depuis que la philosophie paraissait les avoir justifiés. Les faux épicuriens compromirent l'école en tout temps, et font excuser les stoïciens. L'épicurisme, en passant de la Grèce à Rome, arriva précédé de sa mauvaise renommée. On sait quel étonnement il causa aux vieux Romains. Tout le monde a vu dans Pliiiarque le tableau de ce souper où l'ambassadeur de Pyrrhus, le GrecCinéas, expliquait la doctrine d'Épicure, quand tout à coup Fabricius, surpris de ces propos étranges, l'inlerrompit en s'écriant : « Plaise aux dieux que Pyrrhus et les Samnitcs conservent de pareilles opinions tant qu'ils nous feront la guerre! » Plus tard, vers la fin de la république, quand Home fut à la fois polie et corrompue, le système fut adopté par le monde élégant et prôné par tous ceux qui tenaient à couvrir et décorer leur corruption d'un nom philosophique. Ce n'est pas qu'il n'y eût à Rome de très-honnêtes épicuriens mettant en pratique les vrais préceptes du maître et se renfermant dans les limites qu'Épicure avait lui-même fixées. Il suffit de rappeler ces amis de Cicéron qui, dans ses dialogues, soutiennent leur doctrine avec tant de force et d'urbanité, et surtout Atticus, le modèle accompli de toutes ces vertus prudentes que l'école recommandait, pauvre citoyen, mais excellent homme, qui traversa les guerres civiles de Marins et de Sylla, de César etde Pompée, d'Octave et d'Anloinesans encombre, eut l'art sinon de bien vivre, du moins de vivre,

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rendit de bons oITices i\ tous, ne se mêla de leurs sanglnnls débats ({ue pour prolép^er quohjucrois leurs victimes, et prouva eutiii par un exemple mémorable, mais non pas dij^ne eu tout d'être suivi, que ledétacbement poli!i(|ue, rindiiïérence, la bien- ^veillance universelle sont en effet, comme rassurait Épicure, le plus solide Ibudenicnt de la sécurité.

Mais à côté de ces hommes aimables, dont les faibles vertus n'étaient pas sans charme, les ambitieux, les corrompus, tous ceux à qjii l'ancienne morale pesait comme unjou^^ cherchaient à se persuader qu'ils étaient les disciples d'Kpicure. Cetélat d'esprit de quelques nomaiusaété dépeint parCicéron avec beaucoup de tinesse et d'ironie dans son discours contre IMson, un autre Verres, qui avait pillé la Macédoine, et qui dans sa jeunesse s'était rendu célèbre par l'éclat de ses (b'sordres. Le grand et malin orateur suppose une conversalion entre le jeune Pison et un Grec qui lui expose naïvement le système d'Kpicure : « Notre jeune étalon n'eut pas plus lût entendu dans la bouche d'un philosophe un éloge si absolu de la volupté, qu'il n'examina plus rien. Il sentit tous ses appétits se réveiller, et, hennissant aux discours de ce Grec, il crut avoir trouvé en lui, non un précepleur de vertu, mais un maître de débauche. Le Grec de vouloir d'abord distinguer, expliquer le véritable sens de la doctrine. Mais notre homme de retenir, sans y rien changer, ce qu'il a entendu. « C'est bien cela, dit-il, j'y souscris, «J'adhère, je signe; il parle à merveille, votre Épi-

ÉPICURE

« cnre...Le Grec toujours complaisant et homme du

"'on.lo na p.-.s voulu souleuir trop oLslinémont sou

opnnon coutre uu séuateur du peuple romain '. ,>

bceue charmaule. di-^ne des Provinciales, plaisante

I collusion de la grossièreté romaine et de la servilité

Srecque- l'ins dun philosophe directeur, attaché.

se on I u,,.e «i-alors, à quelque grande maison, a

dû ia.re ainsi fléchir les principes, et par politesse,

par égard, n'a pas repoussé trop rudement des inler-

prelalions de la doctrine qui laisaieul tant de plaisir

a son riche protecteur.

C'est précisément pour avoir hien démêlé celte disposition des esprits que Cicéron a si souvent relate et même insuKé Épicure. A voir la vivacité, la persistance de ses attaques, quelquefois l'injustice et la mauvaise foi .le ses reproches, on est tenté de croire .,u il ne parle pas seulement en philosophe qui discute des opinions, mais en homme d'É.at «11., veut épargner à sa patrie de dangereuses nouveautés. En effet, l'épicurisme, en prêchant la vo- ".|> e, en ruinant la croyance à des dieux hienfaisanls ou terrihles, menaçait la morale puhlique. q..., a lome sur.out, reposait sur la religion. Aussi les politiques, qui avaient hesoin des suffrages du peuple et ,,ui devaient ménager l'opinion, n'osaient pas toujours avouer qu'ils étaient disciples d'Énicure. et Cicéron laisse voir quelles élaient alors les |;[«™^t^ons^re celte doctrine mal famée, quand

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