‹ Le poëme de Lucrèce [microform]; morale, religion, scienceChapitre 26 sur 73 · LeUres,2'k · texte numérisé non relu

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à donner plus de force à la morale. L'idée de la rémunération était le plus souvent absente de ces fictions relijîieuses, et la balance de Minos nous paraît aujourd'hui fort trébuchante. La raison et le sentiment étaient également révoltés à la vue de ce ténébreux empire. Ceux même qui avait bien mérité dans ce monde, les héros et les justes, étaient aussi malheureux que les criminels dans la triste demeure des ombres et redemandaient les misères de la vie terrestre. On sait avec quelle héroïque impatience Tombre d'Achille, dans Homère, s'écrie: « J'aimerais mieux être sur la terre un valet de labour que roi dans les enfers. » En eiïet, que voulez-vous que fasse de cette royauté vaine cette âme vaillante qui se meut dans le vide, qui respire encore dans le néant et qui promène dans son pâle royaume ses passions vivantes et son héroïsme impuissant? Je sais bien que dans les poètes grecs surtout et dans leurs imitateurs on rencontre çà et là d'autres images plus douces d'un bonheur qui pouvait tenter les justes et des idées morales plus hautes. Mais que ne trouve-t-on pas dans les poètes de la Grèce, qui ont épuisé tout le domaine de Timagination, comme les philosophes ont parcouru, sans s'y arrêter, tout le cercle des hypothèses? Nous ne touchons pas ici à ces délicatesses exquises du génie poétique et nous ne parlons que des croyances communes. Celles-ci n'étaient ni douces, ni morales, car nonseulement elles ne promettaient rien à l'innocence, mais encore ne menaçaient pas le crime.

LA CRAINTE DE LA MORf.

Peut-être, pour nous prouver que la justice s'exerçait aux enfers, on nous objectera les Ixion, les Tityus, les Tantale. Nous répondons que ces personnages fabuleux, toujours mis en scène par les poètes, sont des victimes, non de la justice, mais de la vengeance divine; ils expient une injure personnelle faite aux dieux. Ne sont-ils pas plutôt des vaincus que des condamnés? Il faut être un Titan, au moins un roi, pour mériter le supplice. Le vulgaire est tout simplement plongé pêle-mêle dans la nuit.

.... Vulgusque cava sub nocte repostum ^

Quand Properce, abordant le problème de la mort, se demande s'il y a des peines aux enfers, il ne parle, comme presque tous les poètes, que de géants :

Sub terris si jura Deum et tormenta Gigantum '^.

De môme que les philosophes dans leurs plus hardiesconceplionsn'accordaientrimmortalilé bienheureuse qu'aux grandes âmes qui avaient gouverné les empire^ les poètes, dans leurs tableaux plus populaires, ne livraient aux supplices infernaux que des révoltés qui avaient été, selon la Fable, directement aux prises avec Jupiter. La foule des humains restait au-dessous de la récompense et de la peine. Ce qui fait pour nous la nouveauté et la beauté du

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