‹ Le poëme de Lucrèce [microform]; morale, religion, scienceChapitre 30 sur 73 · Pensées, IV · texte numérisé non relu

Pensées, IV

2 Ailleurs la nature est appok^c natura creatnx, natura gubermins • les rencontres du hasard deviennent comme des lois intelligentes leges, fœdera, rationes. M. Patin a relevé dtM.cate-

systèmes contemporainsanalogues, ilarrive toujours im moment où on limite le hasard, où même on l'expulse. Il y a de grands principes qui sMmposcnt. On a beau vouloir écarter l'idée d'une cause première, elle pèse sur nos méditations. Vous la repoussez, vous l'endiguez en accumulant les raisonnements, mais l'incompressible vérité, sans renvei-ser l'obstacle et tranquillement victorieuse, finit toujours par se creuser une voie et jaillit par les lissures du système. Sans doute, à la bien comprendre, la nature n'est qu'une fiction, une personnification poétique; tout se réduit aux atomes dont les combinaisons fortuites ont seules produit ce qui existe. 11 n'y a pas de force intelligente qui ait tout réglé. Mais comme l'idée d'une cause première, l'idée d'une intelligence présilantà la formation et au gouverne- \ ment du monde est si profondément enracinée dans ' les unies, qu'elle se fait jour souvent dans les doctrines qui tiennent le plus à s'en passer. On croit ravoir arrachée de son esprit, elle n'est pas extirpée. Si une science destructive la poursuit et la chasse (le la raison comme une plante parasite, elle détourne, allonge ses racines et se réfugie dans l'imagination, où elle refleurit. De même, chez Lucrèce ridée divine, opprimée par le système, reparaît quelquefois en images imprévues. Dans Vlnvocalion

ment un grand nombre d'expressions pareilles qui semblent appartenir à une tout autre doctrine. H ajoute avec esprit que le poote est à lui-môme quelquefois comme un anti-Lucrèce. Etudes sur la poésie latines t. l*"", p. 120.

à Vénus, le poète rend hommap^e h une grande loi 'd'amour qui senijjle peu compatible avec une doctrine uniquement fondée sur le hasard; ailleurs il reconnaît une puissance mystérieuse, inéluctable, innomée, qui se plaît à renverser les grandeurs humaines. Ici la nature personnifiée remplit vraiment le rôle d*une divinité créatrice. Le lecteur, après avoir eu si longtemps l'esprit battu par le choc des atomes et les ave\igles tourbillons de la matière décrits par Lucrèce, est enfin soulagé de voir que du moins les besoins de la poésie aient amené ce qu'on cherche vainement dans l'épicurisme, une puissance agissante, vague, obscure, indéterminée, mais qui ressemble à une providence et dont on peut dire avec un poëte contemporain:

De quel nom te nommer, ô fatale puissance ? Qu'on t'appelle Destin, Nature, Providence,

Inconcevnble loi, Qu'on tremble sous ta main, ou bien qu'on la blasphème, Soumis ou révolté, qu'on le craigne ou qu'on t'aime,

Toujours, c'est toujours toi * !

Dans une prosopopée imprévue, magnifique, originale, qui est non un simple ornement littéraire, mais une pressante discussion philosophique, la nature ne se borne pas à réprimander l'homme qui craint de mourir, elle raisonne avec lui, elle disserte, elle se justifie, elle motive ses arrêts en souveraine, elle pose un dilemme à l'homme en le

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