‹ Le poëme de Lucrèce [microform]; morale, religion, scienceChapitre 40 sur 73 · Voir Salluste, Catii, 10, et passim · texte numérisé non relu

Voir Salluste, Catii, 10, et passim

3. M. Patin a bien marqué ceUe influence de Lucrèce sur IIurace. Études sur la poésie latine 1. 1", p. 90.

LA MORALE DE LUCHECE

la trop grande abondance qui nous étouffe aujourd'hui;

Alors les mallicurcux, de leurs mains ignorantes Recueillant quelquefois le suc mortel des plantes, Eux-mêmes se versaient la mort, mais aujourd'hui On sait artistement empoisonner autrui *. (V, i005.)

Les sentences morales de Lucrèce offrent souvent des portraits, des types retracés à grandes lignes où il n'est point diilicile de reconnaître une physionomie romaine. N'est-ce pas un Romain, ce général arrivé à la toute-piiissance qui passe en revue ses légions et ses flottes, qui promène si fièrement les jeux sur cet appareil guerrier dont il dispose, tandis (lue son cœur est en proie aux terreurs de la superslilion? Qui ne pense à Sylla et à ses pareils-?

Voici l'envieux tel qu'il paraissait dans les républiques anciennes, que Lucrèce a pu coudoyer et entendre muriuurer sur le passage de quelque brilhinl cortège :

Quoi I nous faudra-t-il voir toujours ce glorieux ! Quels honneurs 1 sur lui seul se fixent tous les yeux ! De clients sur ses pas il traîne une phalange, Tiindis que nous roulons diins la nuit et la fange ^.

(in, 7:i.)

i. Tum pcnuria deinde cibi languentia Icto

Meuibra dabat; contra nuuc rerum copia mcrsat. llli imprudentes ipsi sibi sa.'pc venenuin Vcrgebant : nuuc daut aliis solertius ipsi.

i. 11, iO.

^- ... Macérât iuvidia : Antc oculos illuni csbe poteiiteiu,

^90 CHAPITRK VI.

Ce n'est pas non plus dans un livre de morale que Lucrèce a pris le portrait de ranihiticux; il l'a vu dans les rues de Home, il a observé les labeurs et les déconvenues de ce candidat aspirant sans cesse aux honneurs consulaires qui lui échappent sans cesse, véritable Sisyphe roulant son rocher, (lu il ne laut pas chercher dans les enfers, que chacun peut voir bien vivant dans la république».

Ainsi cette morale toute de doctrine, empruntée à la Grèce, avait pris sous la main de Lucrèce une forte couleur romaine. C'est toujours un plaisir sérieux de trouver en des maximCs générales un certain accent qui avertit qu elles ont été composées en ftice des désordres qu'elles prétendent combattre. Elles ne sont éloquentes cpie si une indignation présente les inspire et les anime. La science du moraliste n\a d'intérêt et d'originalité (lue si elle a été recueillie, non dans les livres, mais dans le monde. Des vérités morales pareilles à celles que nous venons de voir sont communes à tous les peuples et à toutes les sectes; il faut, pour qu'on les dislingue, qu'elles portent l'empreinte d'une époque, d'une doctrine et d'un homme. A ces vérités qui circulent partout il tant une elfigie et une date, comme à la monnaie. Elles ont ainsi plus de valeur pour le peuple auquel on les destine, elles deviennent aussi

llluiii adspoclari, chiro qui iiiccdit lionoro, ïpsi so in tcneliris \olvi lœiioqiic querimlur.

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