Ariicle sur Théocrite
202 CHAPITHE VI.
hontes de rauiour en un petit nombre de vers où il a condensé tout ce que les moralistes anciens el moilernes ont pu dire sur ce sujet de plus vrai, et de plus triste. J'ose dire cpie dans aucune littérature on ne trouvera un laljleau plus achevé dans sa courte et forte simplicité, d'un sentiment plus profond, et où les mots aient plus de poids et de portée. Mais pour le bien comprendre, il faut se (iî^nirer les sentiments antiques et romains; le dédain pour la femme, le mépris pour tout ce que nous appelons galanterie, l'iiulignation civi(iue contre le luxe et les modes étrangères, grecfiiies ou orientales, le respect pour la fortune paternelle qu'il ne laut point dépenser en folies, et pour la dignité du citoyen qui se doit à de mâles occupations, tous ces sentiments si divers se pressent dans ce morceau et tour à tour éclatent en traits rapides et perçants.
Ces tourments de l'amour usent lo corps et l'âme ; Ta vie est suspendue au geste d'une femme, Ton bien croule, l'usure envahit Ui maison, Dans l'oubli des devoirs s'évanouit ton nom. Oui, pour qu'un brodequin venu de Sicyonc Rie à des pieds mignons, qu'à de beaux doigts rayonne Un grand rubis dans l'or, que les plus fins tissus .S'abreuvent chaque jour des sueurs de Vénus. Ton bien, l'antique fruit des vertus paternelles. Flotte en mitre, en rubans sur la lèle des belles. Traîne sur les pavés en robes, en manteaux Teints des molles couleurs d'Alinde et de Chios. Puis le vin coule à flots ; aux feslins que lu donnes 11 faut encor parfums, tapis moelleux, couioanes.
LA MORALE DE LUCRÈCE
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Vain eiïort du plaisir I du fond de ces douceurs
Monte un dégoût amer qui lue au sein dos fleurs,
Soit qu'un remords secret avertisse ton âme
Que lu perds tes beaux ans dans un repos infâme.
Soit que pur ta maîtresse un mot dit au hasard
Ail planté dans ton cœur un soupçon comme un dard,
Qui s'y fixe, y descend, creuse une plaie ardente.
Soit que ton œil jaloux, épiant sur l'amaiito
Quelque regard furlif, surprenne avec elFroi
La trace d'un souris qui ne fui pas pour toi *. (IV, 1113.)
Sans épuiser par un long coilimonlaire la plénitude de cette poésie si riche et si ferme, il convient de faire remarcpier la profondeur de l'observation psychologique. Peu d'anciens, parlant de l'amour, ont p(''nétré plus avant dans le cœur. Tel de ces vers
i . Adde quod absumunt vires pereuntqiie labore ; Addo quod altcriiis sub niitii dogitur x'tas. Labitur interea res, et vadinionia fiunt ; Lnnguent oflîcia, atqiie a?grotat faina variilans. Ungucnta et pulelira in pedibus Sicyonia rident Scilicet, et grandes viiidi cum Incc smaragdi Auro includuntur, tcriturque thalassina vcstis Assidue, et Veiieris sudorem exercita potat ; Et beiie parla patrum fiunt anadcmata, mitraî; Interdum in pallam atque Alidensia Cbiaque vcrtunt. Eximia veste et victu convivia, ludi, Pocula crebra, ungucnta, coronœ, serta parantur, Nequidquam ; quoniam niedio do fonte leporum Surgit amari aliquid, quod in ipsis floribus angat ; Aut cum conscius ipse animus se forte remordet, Desidiose agcrc aetaiem, lustrisque perirc ; Atit quod in aml)iguo verburn iaculata reliquit, Quod, cupido adfixum cordi vivescit, ut ignis; Aut niniium iactare oculos, aliumve tiieri Quod putat, in vultuquc videt vestigia risus.