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résume en quelques mots les silualions les plus dramatiques de nos tragédies et de nos romans.
Pour ne citer qu'un exemple, dans Adofphe, de Benjamin Constant, il est une situation qui remplit tout le livre, celle d'un homme engagé dins des liens qu'il voudrait et qu'il ne peut pas rompre, qui se plaint « de sa vive contraiute, du despotisme dont il est la victime, qui jette un long et triste regard sur le temps qui vient de s'écouler sans retour, qui se rappelle les espérances de sa jeunesse, la confiance avec la(|uelle il croyait autrefois commander à Tavenir, l'aurore de réputation qu'il a vue briller et disparaître, et qui souffre enfin de cette inaction forcée à laquelle le condamne le despotisme d'une passion devenue sans charme. » On pourrait donner pour épigraphe à ce livre navrant ces vers de Lucrèce :
Addc quod allerius sub nulu dogitur œlas... Aut quod conscius ipse animus se forte rcmordct Desidiose agere rctatem lus'risquo perire...
D'autres mots révèlent une pénétration digne de Racine, ceux, par exemple, qui peignent avec une si heureuse hardiesse la jalousie dont la perspicacité démêle sur'un visage impassible non pas seulement un sourire, mais les traces d'un sourire infidèle: in vuttuqne videt vcstigia risus.
Enfin il est des vers oCi Ton croit sentir quelque chose de la mélancolie moderne, de cette vague ambition morale qui ne peut se contenter des joies
LA MOHALE DR LUCHÈCE. 205
vulgaires, qui dédaigne le plaisir terrestre et aspire à je ne sais quelle volupté infinie. Ou dirait le pressentiment et comme Tannouce de celte tristesse généreuse dont lîeué, Obermann, des poêles et des romanciers contemporains, se sontfails si souveut les interprèles etqui a fiui par devenir un lieu commun de noire poésie :
Medio de fonte leporum Surgit amari aliquid quod in ipsis floribus angat.
Nous ne prétendons pas que Lucrèce ait élé lourmenté, comme on l'a dit quelquefois par le sentiment de l'inlini; il ne recherche pas
Cet amour idéal que toute âme désire
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour*.
Mais nous croyons qu'il sentait vivement et plus que tout autre ancien ce qu'il y a de fragile, d'incomplet, de limité dans la nature humaine. 11 y a un motqui revient souvent dans ses vers, quand il parle ou de puissance ou de plaisir: nequicqaam, c'est en vain. Il semble voir partout les bornes des cboses et s'y heurter avec douleur. On conçoit d'ailleurs, qu'une ûme ardente et noble, emprisonnée dans une étroite doctrine dont l'austérité indigente ne pouvait ni nourrir ni fortifier le cœur, ait ressenti de ces vagues ennuis qu'elle ne pouvait pas elle-même déli-