‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 20 sur 111 · Liv. i · texte numérisé non relu

Liv. i

« Si je m’attache à tes traces, ce n’est pas pour lutter avec toi, mais par amour et par le désir de t’imiter. Eh quoi! l’hirondelle pourrait-elle se mesurer avec le cygne, roi des airs. »

Non ita certandi cupidus quam propter amorem,

Quod te imitari aveo : quid enim contendat hirundo Cycnis*?

Puisque la prose serait encore plus impuissante et plus empruntée dans ces hautes régions de l’enthousiasme philosophique, il faut bien prendre son parti de tous les hasards d’un langage plus aventureux, au risque de tomber de plus haut.

Chère et sainte Vénus, mère de nos Romains,

Suprême volupté des dieux et des humains,

Toi qui, régnant partout sous les voûtes du monde, Peuples la mer stérile et la terre féconde ;

Par toi tout vit, respire, éclôt sous ton amour Et monte, heureux de naître, aux rivages du jour.

Aussi devant tes pas le vent fuit, les nuages Bien loin de ta présence emportent les orages,

Pour toi la terre épand ses parfums et ses fleurs,

Pour toi la mer sourit retenant ses fureurs,

Le ciel s’épanouit et se fond en lumière.

Car sitôt qu’il revêt sa splendeur printanière Et que par les hivers le zéphyr arrêté Reprend enfin sa course et sa fécondité,

Les oiseaux, les premiers, frappés de ta puissance,

O charmante déesse, annoncent ta présence,

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