Liv. III
Le lourd troupeau bondit dans les prés renaissants Et, plein de toi, se jette à travers les torrents;
Sensibles à tes feux, séduites par tes grâces,
Ainsi des animaux les innombrables races,
Dans le transport errant des amoureux ébats,
Où tu veux les mener s’élancent sur tes pas.
Enfin au fond des mers, sur les rudes montagnes,
Dans les fleuves fougueux, dans les jeunes campagnes, Dans les nids des oiseaux et leurs asiles verts,
Soumis à ton pouvoir tous les êtres divers,
Le cœur blessé d’amour, frissonnant de caresses,
Brûlent de propager leur race et leurs espèces.
Puis donc que la nature est toute sous ta loi,
Qu’aux douceurs du soleil rien n’arrive sans toi ,
Que sans toi rien n’est beau, sans toi rien n’est aimable, J’implore pour mes vers ta bonté secourable.
J’explique la nature à mon cher Memmius,
Et comme tu l’ornas de toutes tes vertus,
Répands en sa faveur, sur une œuvre si belle,
Déesse de la grâce, une grâce immortelle*.
La suite de cette invocation était bien faite pour toucher le cœur des Romains, quand Lucrèce, confondant de plus en plus la Vénus universelle avec la mère vénérée de la race romaine, et parlant cette fois en citoyen attristé par le spectacle sanglant des guerres civiles qui déchiraient alors la république, supplie la déesse de l’amour, de la concorde, de l’harmonie, d’exercer sa puissance sur le dieu des batailles, de l’entourer de ses divines caresses et