Tite I.ive; liv. XXXIX
2. Bientôt, sept ans après la mort du poète, s’introduira à Rome l'abominable culte persan de Mitbras. Parmi les initiés je trouve par hasard le nom d’un Lucrèce qui vécut au temps de l’empire et qui fit peutêtre à son dieu une immolation humaine ; « Deo inviclo Mithræ C. Lucretius Mnester. » Inscript. Int., d’Orelli, n° 1008. Voilà un membre de la famille qui a dd peu lire le Poème de la Nature. •
3. C’est le langage de l’école : « Il is torroribus ab-Epicuro soluti, et in libertatem vindicati... ». De nat. Deor ., I, 18. Cette liberté d'esprit était chose assez rare, car Horace lait un mérite au sage de ne pas croire aux songes, aux revenants, etc.
Somnia, terrores magicos, miracula, sagas,
Nocturnos lemures, porten laque Thessala rides? ( Epit 1. II, 2, 208.)
n’est pas soumis à leur pouvoir, que la nature est indépendante et n’obéit qu’à ses propres lois. Faute de connaître ces lois naturelles, nous nous prenons à trembler dans notre ignorance, comme les enfants frissonnent dans les ténèbres. A l’aide d’un simple traité de physique mis en vers, le poëte prétend porter dans les esprits une lumière bienfaisante, et par ces clartés nouvelles faire évanouir toute cette effrayante fantasmagorie de la religion. Il nous apprendra que l’univers est sorti du concours fortuit des atomes, que les combinaisons infinies de la matière agitée par un éternel mouvement ont produit le ciel, la terre, les plantes, les animaux, l’homme, et tout cet ordre apparent dont nous croyons devoir faire honneur à la main souveraine des dieux. Ce n’est pas le moment de dérouler dans leur ensemble ces hypothèses hardies dont la simplicité frappe tous les yeux, et dont les conséquences sont si palpables. Tout ce système physique, si laborieusement exposé, ne tend qu’à supprimer les dieux en prouvant qu’ils sont inutiles. Ce vaste appareil de science n’est qu’un rempart élevé contre les invasions de l’idée divine.
L’originalité de cette œuvre ne tient pas à la nouveauté de cette science ni même à l’audace de l’entreprise, mais uniquement aux sentiments personnels de l’auteur, à sa passion qui éclate en éloquence, La science est empruntée et appartient aux Grecs.
l’entreprise a été plus d’une fois tentée. Dans l’antiquité et dans les temps modernes, on peut signaler bien des tentatives semblables contre les idées religieuses. On a vu souvent des philosophes expliquer le monde par les seules, combinaisons de la matière livrée à elle-même et se passer dans leur système d’un souverain ordonnateur.'On en a vu d’autres renverser les croyances populaires, ruiner les religions par des démonstrations ou des épigrammes, tantôt au profit du déisme, tantôt au profit de l'athéisme, tantôt au nom d’une morale épurée ou d’une morale commode. Il faut le remarquer néanmoins, quelle que soit l’entreprise de ces philosophes destructeurs, ils ont tous cela de commun qu’ils ne sont pas émus, qu’ils gardent le calme de la science ou la légèreté railleuse du dédain, que pour eux la vue de l’erreur n’est pas une souffrance, et qu’en attaquant les préjugés ils ne paraissent pas vouloir se défendre eux-mêmes contre des erreurs douloureuses. Lucrèce est le seul qui, en argumentant contre les dieux, ait l’air de plaider sa propre cause, de venger une injure, d’exhaler les chagrins d’une âme longtemps opprimée et de pousser des cris de révolte contre la tyrannie céleste. On ne peut comparer cette haine qu’à celle de Prométhée enchaîné par les messagers de Jupiter, par ces terribles et muets personnages . qu’Eschyle appelle la Force et la Violence, refusant
de courber la tête sous les menaces de son divin
oppresseur, et annonçant au maître des dieux, dans de prophétiques imprécations et des chants de triomphe, une chute ignominieuse, irréparable. Spectacle curieux et triste à la fois que celui d’un si grand poêle, dont le génie élevé, l’imagination magnifique étaient faits pour comprendre et célébrer les plus hautes spéculations de la philosophie, les grandes idées d’Anaxagore et de Platon sur l’intelligence divine, et que la peur des superstitions antiques a jeté dans une espèce de fanatisme contraire, qui, pour renverser une erreur, méconnaît les plus belles vérités, et pour détruire l’idole risque d’anéantir le dieu.
Parcourez tout le poëme, et vous verrez que la seule inspiration de ces attaques irréligieuses est la terreur. C’est elle qui fournit à Lucrèce ses arguments aussi bien que son éloquence. Lorsque, par exemple, dans un morceau célèbre 1 il essaye de peindre l’origine des religions, il ne se demande pas si la croyance à un Dieu est un besoin de l'esprit, une donnée de la raison, une nécessité logique, un instinct de l’âme ou le fondement de la * morale; la peur du genre humain lui suffit pour tout expliquer.. Selon lui, la vue des phénomènes du ciel, dont la régularité paraissait inexplicable et