‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 3 sur 111 · Lettres , 2 U — 2. Cicéron, de Finibus, 1. II · texte numérisé non relu

Lettres , 2 U — 2. Cicéron, de Finibus, 1. II

ÉPICURE

la confiance qu’il avait dans son système; en renonçant au faste des paroles il paraissait mettre son scrupule à ne pas farder la vérité. Aussi les disciples affluèrent dans une école ouverte aux plus ignorants et s’attachèrent à un maître qui enseignait avec une candeur intrépide, s’exposait sans défense à la fureur de ses adversaires, ne leur opposait que l’enjouement de ses épigrammes et témoignait de sa foi par son courage sans trouble et son honnêteté placide.

Est-il besoin de rappeler que la voluplé n’est pas pour Épicure ce qu’on entend d’ordinaire par ce mot suspect? La santé du corps et de l’âme, c’està-dire l’exemption de la souffrance et de l’inquiétude, voilà la félicité du sage. De là tant de recommandations sur la continence, de là le mépris de la cupidité et de l’ambition. Le système, loin de donner l’essor aux passions, les arrête de toutes parts. La perfection consiste à se contenter de peu, à se retirer en soi-même pour être hors de prise du côté de la fortune et des hommes, pour ne pas rencontrer un accident fâcheux, ni se heurter aux passions d’autrui. Le plus près du bonheur est celui qui sait se retrancher le plus sans souffrir et circonscrire le plus étroitement son action et ses besoins. Le précepte du Portique abstine et confine convient également à la doctrine épicurienne, et c’est en faisant allusion à ce courage de l’absti-

nence, courage négatif, il est vrai, mais respectable encore, que Sénèque a pu appeler Épicure « un héros déguisé en femme 1 * . »

Ce qui donnait encore une belle apparence au système, c’est que toutes les vertus y étaient recommandées aussi bien que dans les doctrines les plus sévères. Seulement, au lieu d’être recherchées pour elles-mêmes, elles n’étaient que l’ornement de la vie et la condition de la sécurité. Épicure enseignait que le plus sur moyen de rendre la vie tranquille est de se conformer aux lois de l’honnêteté, qu’une bonne conscience assure la tranquillité de l’âme, que la justice et la bienfaisance, en vous procurant des amis, contribuent à la félicité. Ainsi la volupté avait pour compagnes et pour cortège toutes les vertus et, selon l’ingénieux tableau du

stoïcien Cléanthe, la volupté, vêtue en reine, était assise sur un trône, tandis que les vertus s’empres* saient autour d’elle pour la servir*. •

Il manquait à cette tranquillité précieuse, unique objet de la doctrine, d’être protégée contre les craintes superstitieuses qui, chez les anciens, circonvenaient de toutes parts et harcelaient nuit et jour la crédulité 3 . Épicure imagina ou plutôt env

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