‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 38 sur 111 · III · texte numérisé non relu

III

pour leur tranquillité, car en leur otant la peur, il ne leur enlève pas la plus petite espérance. C’est là ce qui explique le noble enthousiasme du poète pour Épicure, qui le premier a dissipé ces ombres de la mort, ces ombres d’un grossier paganisme :

Toi qui sur la nuit sombre, où nous nous égarions,

De ton flambeau sauveur versas les clairs rayons,

Nous montrant le premier le bonheur, la sagesse,

Je m’attache à tes pas, ô gloire de la Grèce!

Si j’accours, ce n’est pas pour marcher ton égal,

N’étant que ton disciple et non point Ion rival.

Eh quoi ! vit-on jamais la timide hirondelle,

Du cygne, roi des airs, vouloir devancer l’aile,

Et les tendres chevreaux chancelant sur leurs pieds Suivre, môme de loin, l’élan des forts coursiers?

O mon maître, ô mon père (oui, tes leçons nouvelles Sont vraiment pour nous tous des grâces paternelles),

De même que l’abeille au fond des bois fleuris Épuise chaque fleur, nous, en tes chers écrits,

Partout nous recueillons ta parole fidèle,

Digne de vivre en nous d'une vie immortelle *.

Après cet hommage, que Lucrèce a renouvelé plus d’une fois, comme pour demander à son maître l’inspiration, il contemple son sujet avec amour, il jette un regard sur l’espace qu’il a parcouru et sur celui qu’il va parcourir. En effet, dans ce troisième livre, il est à mi-chemin de son entreprise, et de la

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