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LA CRAINTE DE LA MORT. 1 59
que des hommes pusillanimes qui pensent à une autre vie, où on ne boira plus et qui se donnent un dédommagement anticipé à leurs privations futures; explication qui a paru singulière, qui a plus d’une fois étonné, mais qui est évidemment une allusion à cette croyance que sous la tombe on éprouve encore les besoins et les désirs de la vie :
Non moins toi est le chant d’une riante troupe Sur les lits des festins en chœur levant la coupe Qui, le front sous les fleurs, s’écrie en longs refrains : Rapide est le plaisir pour nous, pauvres humains !
Il passe et sans retour; luttons-nous, que le sage S’empresse de saisir ce moment au passage! —
Eh! ne dirait-on pas que ces buveurs peureux Redoutent dans la mort la soif et tous ses feux,
Et que dans le tombeau leur âme misérable Doive rester en proie aux soucis de la table 1 ?
Vers curieux parce qu’on y voit le véritable épicurisme, qui est triste et sévère, faire d’avance la leçon à cet autre épicurisme léger dont Horace est l’aimable et classique représentant. Le Carpe diem qui revient si souvent sous des formes diverses dans la poésie d’Horace, ces rapides allusions à la mort qui nous avertit de vivre, cette pointe de mélancolie que le raffiné convive de Mécène mêle au plaisir pour mieux l’assaisonner, toute cette grâce