‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 48 sur 111 · I. Essais, I · texte numérisé non relu

I. Essais, I

LA CRAINTE DE LA MORT. 169

seurs le même spectacle 1 . >' La morale de Lucrèce a eu l’honneur imprévu de retentir sans scandale dans nos temples, et des âmes chrétiennes ont frémi sous ses impétueuses leçons consacrées par la bouche de Bossuet.

En faisant de pareils rapprochements, nous ne cédons pas à des préoccupations littéraires ni au vain désir de produire un effet piquant parla surprenante alliance de deux génies si éloignés l’un de l’autre par le temps et la doctrine. Ce qui nous importe, c’est de montrer que la morale pratique repose partout sur un fonds commun. Tandis qu’en général, dans l'étude des divers systèmes de morale, on se plaît à mettre au jour ce qui divise les hommes, nous aimons à marquer ce qui les unit. Sans doute il y a dans le poëme de Lucrèce d’immenses erreurs : quelques-unes de ses négations sont aussi téméraires que la science physique qui leur sert de soutien est conjecturale. Mais quelques-unes de ses plus grandes vues peuvent être acceptées par tous. Quant à sa science morale, si on la dépouille de son enveloppe systématique, elle se rencontre avec toutes les doctrines, même les plus pures, ainsi que nous aurons plus d’une fois l’occasion de le remarquer. Ce qu’on peut appeler sa prédication est de tous les temps. Cette sagesse est incomplète, elle est courte,

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