‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 5 sur 111 · De Finibus, t. I · texte numérisé non relu

De Finibus, t. I

ÉPICURE. 11

science véritable, considérant comme non avenus tous les systèmes qui avaient précédé le sien. Parmi tous les fondateurs de doctrines, seul il osa se

donner le surnom de sage. Pour rendre, nous l’avons vu, son école accessible à tous, il ne demandait pas à ses futurs disciples d’études préparatoires, ni lettres, ni sciences, ni dialectique 1 . Il se serait bien gardé d’écrire sur la porte de son école, comme avait fait Platon : « Nul n’entre ici, s’il ne sait la géométrie. » Pour devenir épicurien il suffisait d’admettre un certain nombre de dogmes faciles à retenir et de savoir par cœur les manuels du maître 8 . De plus, afin que cet enseignement fût immuable, Épicure eut la précaution de le placer sous la garde d’une autorité. Par son testament, il légua ses jardins et ses livres à son disciple Hermarchus comme au nouveau chef de l’école et à

1. Cicéron dit avec malice : « Comme nos ancêtres tirèrent Cincinnatus de la charrue pour le foire dictateur, de même vous prenez les plus simples et les plus grossiers de tous lcs Grecs pour en foire vos disciples. » De Finib . , II, 4.

2. « Qui est celui d’entre vous qui n’a pas appris par cœur les Maximes fondamentales d’Épicure?» De Fin., II, 7. « Scyron sait par cœur tous les dogmes. » Acadêm., II, 33. Lucrèce se fait gloire de suivre son maître pas à pas :

a Fixa pedum pono pressis vestigia signis : » (III, 4.)

«x Quojus ego ingressus vestigia, nunc rationes a Persequor. » (V, 56.)

On voit au Louvre dans le musée des antiques une tête de marbre, sorte de Janus à deux faces, dont l’une est le portrait d’Épicure, l’autre celui de Métrodore, son disciple. L’artiste grec a-t-il voulu exprimer que les deux philosophes n’en font qu’un; on n’ose l’arfirmer, mais c’est pour nous un symbole.

CHAFITRE I.

tous ses successeurs à perpétuité. La doctrine alla de main en main, sans que dans la suite des siècles aucune hérésie en ait •jamais menacé l’intégrité 1 , et fut ainsi transmise dans sa pureté originelle pendant près de sept cents ans jusqu’à l’invasion des Barbares, où elle disparut dans l’écroulement du monde antique. Pour mieux assurer le respect de sa doctrine et de sa mémoire, Épicure avait expressément recommandé de célébrer chaque année par une fête l’anniverèaire de sa naissance*. A cette solennité les disciples avaient ajouté l’usage de se réunir tous les mois dans des repas communs. Le maître était toujours comme présent au milieu de cette famille philosophique; on voyait partout chez ses adeptes son portrait en peinture, ou gravé sur les coupes et les anneaux. Sous ce patronage vénéré, les disciples restent unis par les liens d’une confraternité devenue célèbre. C’est ce respect si bien établi pour Épicure, toujours réveillé par des fêtes commémoratives, c’est encore cette ferveur de sentiments entretenus par la communion des esprits, qui explique l’enthousiasme surprenant des épicuriens pour leur maître. Peu s’en est

1 . « Unius ductu et auspiciis dicta. >» Sénèq., Lettres , 33. « Impietas « ac damnandum piaculum, si quippiam fuerit innovatum. » Numénius, dans Eusèbe, Praep. evang., XIV, 5. C’est pourquoi l’épicurisme a été stérile en littérature et en philosphie; Lucrèce est une brillante exception.

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