‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 58 sur 111 · Liv. V · texte numérisé non relu

Liv. V

dispose, tandis que son cœur est en proie aux terreurs de la superstition ? Qui ne pense à Sylla et à ses pareils 1 ?

Voici l’envieux tel qu’il paraissait dans les républiques anciennes, que Lucrèce a pu coudoyer et entendre murmurer sur le passade de quelque brillant cortège :

Quoi! nous faudra- t-il voir toujours en glorieux!

Quels honneurs ! sur lui seul se fixent tous les yeux!

De clients sur ses pas il traîne une phalange,

Tandis que nous roulons dans la nuit et la fange*. *

Ce n’est pas non plus dans un livre de morale que Lucrèce a pris le portrait de l’ambitieux; il l’a vu dans les rues de Home, il a observé les labeurs et les déconvenues de ce candidat aspirant sans cesse aux honneurs consulaires qui lui échappent sans cesse, véritable sysiphe roulant son rocher, qu’il ne faut pas chercher dans les enfers, que chacun peut voir bien vivant dans la république 8 .

Ainsi cette morale toute de doctrine, empruntée à la Grèce, avait pris sous la main de Lucrèce une forte couleur romaine. C’est toujours un plaisir sérieux de trouver en des maximes générales un certain accent qui avertit qu’elles ont été composées en face des désordres qu’elles prétendent combattre. Elles ne sont éloquentes que si une indigna-

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