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tion présente les inspire et les anime., La science du moraliste n’a d’intérêt et d’originalité que si elle a été recueillie, non dans les livres, mais dans le monde. Des vérités morales pareilles à celles que nous venons de voir sont communes à tous les peuples et à toutes les sectes; il faut, pour qu’on les distingue, qu’elles portent l’empreinte d’une époque, d’une doctrine et d’un homme. A ces vérités qui circulent partout il faut une effigie et une date, comme à la monnaie. Elles ont ainsi plus de valeur . pour le peuple auquel on les destine, elles deviennent aussi plus précieuses pour la postérité, parce que à leur prix réel s’ajoute encore une valeur • historique. Ce qui fut monnaie, avec le temps devient médaille.
Comme nous tenons à peindre surtout Lucrèce par lui-même, terminons cette série de tableaux sur la vanité des grandeurs par un morceau entre tous célèbre où le poëte philosophe fait sur ce point sa profession de foi avec une sincérité frémissante et une incomparable magnificence d’images. Du haut de son observatoire philosophique, d’où il embrasse d’un regard tout le spectacle de la vie humaine, il accable de ses malédictions l’amour des honneurs et des richesses, il oppose à ces fureurs cupides la paix dont il jouit lui-même dans le sein de la sagesse et, avec un singulier mélange de mépris pour les luttes de l’ambition, de pitié pour le malheur de
ceux qui y sont engagés, de joie en sentant sa propre sécurité, il fait à la fois un tableau général des mœurs romaines au temps des guerres civiles et une exposition poétique de sa doctrine.
Devant la mer immense on aime à voir du port L’homme battu des flots lutter contre la mort;
Non, le malheur d’autrui n’est pas ce que l’on aime,
Mais la tranquillité que l’on sent en soi-même;
On aime à voir encore, en paisible témoin,
De grandes légions s’entre-choquer au loin ;
Mais on aime surtout au-dessus des orages Habiter ce séjour élevé par les sages,
D’où l’on voit à ses pieds les mortels incertains De la vie au hasard courant tous les chemins,
Armés de leur génie ou fiers de leur naissance Lutter pour la richesse et la toute-puissance Et par de longs travaux jour et nuit disputer Ce faîte des grandeurs où tous veulent monter.
O triste aveuglement, ô misères humaines,
Dans quelle sombre nuit, hélas ! dans quelles peines, Misérable mortel, tu perds ces quelques jours Que la nature donne et ravit pour toujours 1 1
Faute de connaître la morale épicurienne, on a souvent mal compris le sens de ces belles images du poëte latin. Voltaire s’y est mépris : « Pardon, Lucrèce, je soupçonne que vous vous trompez ici en morale, comme vous vous trompez souvent en physique. C’est, à mon avis, la curiosité seule qui fait courir sur le rivage pour voir un vaisseau que