Liv. II, t
la tempête va submerger. Gela m’est arrivé ; et je vous jure que mon plaisir mêlé d’inquiétude et de malaise, n’était point du tout le fruit de ma réflexion; il ne venait pas d’une comparaison secrète entre ma sécurité et le danger de ces infortunés ; j’étais curieux et sensible à la fois.... A la bataille de Fontenoy, les petits garçons et les petites filles montaient sur les arbres d’alentour pour voir tuer du monde 1 2 . » Voltaire me paraît ici parler un peu à la légère et ne pas entrer dans la pensée de Lucrèce. Sans doute on peut assister à un naufrage ou à une bataille par simple curiosité, mais on peut aussi y éprouver un tout autre sentiment. Un philosophe qui fait de la tranquillité l’unique objet de ses désirs et de son étude, qui professe le mépris de l’ambition et de la cupidité, s’il voit une bataille où on se dispute la puissance, le naufrage des matelots qui naviguent pour s’enrichir, fera bien naturellement une comparaison entre ces agitations périlleuses et sa propre sécurité. Ces images ne sont pas des fantaisies de poète, elles mettent en lumière le principe fondamental de la doctrine. L’espèce de bonheur que décrit ici Lucrèce est en effet le bien le plus précieux que promît la morale d’Épicure*.