Plutarque, Comment il faut lire t
2. L’épicurien Vellcius dit des poètes : « Ipsa suavitate nocueruut,
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C’est ainsi que parmi nous certaines sectes religieu- .sescondamnent la forme du roman, mais ne laissent pas de la trouver excellente, quand un auteur en fait usage pour orner et propager leurs propres doctrines.
La physique épicurienne, dans son ensemble, n’«est pas meilleure, ni pire que la physique des autres écoles de l’antiquité. On sait que les anciens observaient peu la nature, qu’ils faisaient encore moins d’expériences et surtout suivaient une méthode qui devait presque toujours les éloigner de la vérité. Au lieu d’étudier les effets pour en rechercher ensuite les causes, ils commençaient par admettre certains principes qui devaient suffire à l’explication de toute la nature. Ils imaginaient d'abord les •causes et quand ils croyaient les avoir découvertes ils s’en servaient pour expliquer les phénomènes. Ainsi dans le système d’Épicure tout dépend de la rencontre fortuite des atomes dont les combinaisons diverses produisent le ciel, la terre, les hommes, le corps et l’âme. Toute la nature n’est qu’une suite de conséquences que le philosophe tire d’un premier principe qu’il a une fois adopté 1 . De là dans le
qui et ira inflammdtos et libidine furentes induxerunt deos. » De nat. deor., 1, 16.
1 . Bacon a caractérisé avec netteté les deux grands défauts de la physique ancienne, celui d’Aristote et celui des atomistes. « On va toujours s’élançant jusqu’aux principes des choses, jusqu’aux degrés extrêmes de la nature, quoique toute véritable utilité et toute puissance dans l’exécution ne puisse résulter que de la connaissance des choses
Poème de la Nature une foule d’hypothèses hasardées plus ou moins heureuses, dont les unes sont des 'vérités profondes, les autres des erreurs enfantines qu’il faut marquer par des exemples.
Ce mélange d’erreurs grossières et d’hypothèses plausibles a fait juger bien diversement la science du poème, avec trop de sévérité par les uns et trop d’indulgence par les autres. Gassendi, tout en repoussant les conclusions métaphysiques d’Épi- . cure, ressuscite son système en plein dix-septième siècle, il s’en fait une arme contre la philosophie de Descartes, il consacre la plus grande partie de sa vie à élucider par de savants commentaires la physique célébrée par Lucrèce, il en adopte les principes. Et pourtant il n’était pas un simple érudit, il était vraiment philosophe et fort versé dans les sciences. D’autres au contraire ont entièrement méprisé cette physique, n’attachant de prix qu’aux conclusions irreligieuses et négatives des épicuriens. Dans un siècle defoi Gassendi repoussait toutes les conséquences dangereuses pour la morale et ne conservait que l’innocente physique; dans un siècle d’incrédulité et de révolte. Voltaire se mo-
moyennes M iis qu’arrive-t-il de là? Qu’on ne cesse d’abstraire la nature (de substituer aux êtres réels de simples abstrayions), jusqu’à ce qu’on soit arrivé à une 'matière purement potentielle et destituée de toute forme déterminée, ou qu’on ne cesse de diviser I» nature jusqu’à ce qu’on soit arrivé aux atomes; toutes choses qui, même en les supposant vraies, ne contribueraient presque en rien à adoucir la condition humaine. » Novum organum , ch. lxxvi.
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quait de cette physique en exaltant le mérite des conséquences morales qui en découlent.
Il disait d’un ton fort leste : « Lucrèce était un misérable physicien et il avait cela de commun avec toute l’antiquité. La physique ne s’apprend pas avec de l’esprit; c’est un art que l’on ne peut exercer qu’avec des instruments Toute laphysique an •
cienne est d’un écolier absurde. Il n’en est pas de même de la philosophie de l’âme et de ce bon sens qui, aidé du courage de l’esprit, fait peser avec justesse les doutes et les vraisemblances. C’est là le grand mérite de Lucrèce. » On voit bien ici que Voltaire, tout en méprisant le physicien, applaudit à ses hardiesses de moraliste et le loue comme un auxiliaire utile de sa propre entreprise philosophique. Ainsi la science de Lucrèce a été vantée ou dédaignée selon les temps, chaque siècle faisant honneur dans les livres de l’antiquité à ce qui peut servir ses passions.
Nous ne parlerons pas longuement de certaines erreurs qui sont de grandes théories fort 9 contestables, toujours réfutées, mais aussi toujours soutenues dans quelques écoles par de grands esprits. Quand Lucrèce nie, par exemple, les causes finales, il se trompe selon nous, mais il touche à un problème difficile auquel on peut donner -des solutions diverses sans être ridicule. L’opinion du poëte rejetée par le sens commun reparaît de temps en
temps sous de nouveaux aspects, dans la science la plus sérieuse. On la reprend au dix-huitième siècle où elle a tant de succès que l’on passe pour un petit esprit si on ne l’adopte pas. Voltaire dont le bon sens savait résister môme à des amis, braver leur raillerie et refuser leur x mot d’ordre, disait ironiquement: « Je reste cause- finalier, c’est-à-dire un imbécile.... Affirmer que l’œil n’est pas fait pour voir, ni l’oreille pour entendre, ni l’estomac pour digérer, n’est-ce point là la plus énorme absurdité, la plus révoltante folie qui soit jamais tombée dans l’esprit humain ? Tout douteur que je suis, cette démence me parait évidente et je le dis. 1 » Voltaire fait ici une allusion directe à Lucrèce dont le système est celui-ci : « nous n’avons pas reçu les jambes pour marcher, mais nous marchons parce que nous avons des jambes ; les philosophes ont renversé l’ordre respectif des -effets et des causes.» La théorie épicurienne prônée par d’Holbach, abandonnée au commencement de notre siècle, réfutée par Befnardin de Saint-Pierre avec une science plus minutieuse que forte, est de nouveau hasardée aujourd’hui en des livres qui attirent l’attention des savants. Une vue philosophique si embarrassante qui, sans cesse réprouvée, revient à la lumière, ne doit donc pas être rangée parmi les erreurs puéri-