‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 74 sur 111 · Aristote, des Parties des animaux · texte numérisé non relu

Aristote, des Parties des animaux

2. ’AvaÇayopa; piv ouv çri<ri oià xà x e 'P a ? ë'/. eiv çp'JvtjiwTotTOv ecvat xûv Ç<fHüv âv6pu)7tov. Plutarque, Amitié frat., 2. — A cela le judicieux Plutarque répond : « L’homme n’est pas le plus sage des animaux, pour autant qu’il a des mains : mais pource que de sa nature il est raisonnable et ingénieux, il a aussi de la nature obtenu des utils qui sont tels. » Ibid.

tifique 1 2 . Epicure et Lucrèce s’en étaient tenus aux plus vieilles théories, qui pouvaient d’ailleurs servir leur dessein. La négation des causes finales n’est donc pas, comme on se l’imagine souvent, une nouveauté hardie ; elle fut le premier bégaiement de la philosophie dans l’enfance.

Nous ne toucherons pas non plus à d'autres théories visiblement erronées et même assez puériles sur l’origine de l’homme et des animaux. Gomment l'homme a-t-il fait son apparition dans ce monde, d’où est-il sorti ? Est-ce de la terre, de l’eau, du feu, du limon façonné par Prométhée ou des mains de Deucalion ? Ici la science n'est'pas plus savante que la Fable et les explications physiques données par les diverses écoles anciennes sont presque toutes d’une naïveté qu’on ne discute pas. En de pareils problèmes il est permis à la philosophie d’errer* .

Nous négligeons aussi, avec bien d’autres hypothèses, celle des simulacres par laquelle Lucrèce explique l’origine de nos idées, la perception extérieure et la vision. Les corps, disait- il, laissent échapper des enveloppes légères qui entrent dans nos yeux et représentent i’ohjet. Cette théorie qui nous paraît aujourd’hui bien bizarre a régné dans les écoles. Gassendi ne fait pas difficulté de l’adop-

1 . Voir l’excellente th&se de M. Philibert : Du principe de la vie suivant Aris'ote, 1 865.

LA SCIENCE DE LUCRÈCE. 257

ter. Ce ne sont point là d’ailleurs des questions de pure physique 1 .

Sans insister sur ces difficiles problèmes qui ont de tout temps déconcerté la science, bornons-nous à de plus modestes considérations et citons quelques exemples de Lucrèce où l’on saisit la mauvaise méthode de la physique ancienne. Il arrive souvent au poëte de donner de quelque phénomène naturel une explication arbitraire, qui ne repose sur rien, avec une sérénité d’esprit et une assurance qui font sourire. Ainsi, voulant indiquer les causes du sommeil, il commence par demander en vers charmants l’attention la plus docile et annonce par la plus belle fanfare poétique la vérité que voici : « Le sommeil naît en nous, quand l’âme se décompose dans la machine et qu’une de ses parties est chassée au dehors, tandis que l'autre se ramasse davantage dans l’intérieur du corps 1 . » Bien des raisonnements de la physique ancienne font penser à la science médicale de certains personnages de Molière.

Quelquefois Lucrèce se donne beaucoup de peine pour expliquer des faits qui n’existent pas. La physique des anciens n’était pas très-attentive à constater d’abord les faits avant d’en chercher les causes et souvent exposait doctement les raisons d’un

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