‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 78 sur 111 · Plutarque, Opin. des phil III, l · texte numérisé non relu

Plutarque, Opin. des phil III, l

2. « Et quant à ceste face qui nous apparoist en elle, tout ainsi comme ceste terre, sur laquelle nous sommes, a de grandes sinuositez de vallées, aussi est-il probable que celle-là est ouverte et fendue de grandes fondrières et baricaves, es quelles il y a de l’eau, ou bien de l’air obscur, au fond desquelles la clarté du soleil ne peut pénétrer, ains y default, et en renvoie icy bas la réflexion. » Plut., De la face de la lune , 51. — Cicéron dit, avec raison : * Épieure suit presque en tout Démocrite, et quand il change quelque chose, il me semble que c’est toujours en mal. » De fin., I, 6.

sumer dans la géométrie, dans les nombres et dans l’étude des astres, quand nous savons que ces sciences sont fondées sur des principes faux : falsis ini tiis profecta ver a esse non possunt. Et quand elles nous conduiraient à la vérité, elles ne nous conduiraient pas au souverain bien. Ils se moquaient des mathématiciens qui ne savent pas peut-être « combien il y a de stades d’Athènes à Mégare, mais qui savent positivement de combien de coudées est l’espace qui sépare la lune du soleil, qui dessinent des triangles sur des carrés avec je ne sais combien de sphères, et mesurent, ma foi, le ciel lui-même. » Aussi ne sommes-nous pas étonné que Balbus ait dit qu’Épicure ignorait « ce que font deux et deux, » que ses disciples n’avaient jamais tracé une figure « sur la savante poussière des géomètres. » Les épicuriens parlaient des sciences exactes avec un dédain dont la naïveté est d’autant plus inconcevable qu’eux-mêmes appuyaient tout leur système sur la science physique. N’oublions pas de relever un fait curieux : un jour un grand mathématicien, Polyænus, s’étant converti à l’épicurisme, déclara aussitôt que toute la géométrie est fausse, magnus mathematicuSj Epicuro assentiens , lolam geomelriam falsam esse crediditK N’avons-nous pas le droit, comme nous

1. Cicéron, Âcadem ., II, 33; de Finib., I, 21 ; de Nat. deor., II, 18. Lucien, Icaroméniype , 6. — Cicéron dit avec esprit qu’Epicure « aurait mieux fait d’apprendre la géométrie de Polyænus, son ami, que de la lui faire désapprendre. » De Fin., I, 6.

LA SCIENCE DE LUCRÈCE. 265

avons fait plus haut, de comparer l’école épicurienne à un couvent?

Mal guidé par cette insouciance d’Épicure si peu sensible aux découvertes de la science, Lucrèce passe quelquefois à côté des plus belles vé-

rités sans s’y arrêter, ou ne s’y arrête que pour les combattre. Ainsi il réfute comme une ineptie, vanus stolidis error , l’opinion des philosophes qui admettent les antipodes. Cette opinion qu’il repousse, il l’expose avec une précision surprenante; un physicien moderne ne pourrait mieux dire : « Conçoit-on, dit-il avec dédain, que des corps pesants, sous nos pieds, exercent leur gravitation en haut, attachés à la terre dans une position inverse à la nôtre, comme le sont nos images reflétées dans l’eau? D’après ces principes on assure que sur la surface opposée de la terre vont et viennent des êtres animés qui ne sont pas plus exposés à tomber dans les régions inférieures de leur ciel que nous ne risquons nous-mêmes d’être entraînés vers notre voûte céleste. On nous dit encore que ces peuples voient le soleil quand nous voyons les flambeaux nocturnes, qu’ils partagent alternativement avec nous les saisons, les jours, les nuits, qui ont la même durée qu’ont les nôtres’. » Il est singulier que Lucrèce

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