‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 91 sur 111 · Il · texte numérisé non relu

Il

2. Ainsi parle Velleius : « Interminatam magnitudinem.... in quam se injiciens animus ita longe lateque peregrinatur, ut nullam tamen oram ultimi videat, in qua possit insistere. » De Nat. deor., I, 20. :

LA. SCIENCE DE LUCRÈCE

mant de grandes images dans un dilemme pressant mêle une poésie sublime à des formes de dialectique :

S’il est une limite à cette immensité,

Imagine un archer qui de l’extrémité Décoche avec vigueur une flèche rapide;

Admets-tu que le trait parte en l’espace vide,

Qu’il vole sans que rien ne le puisse arrêter,

Ou bien à quelqu’obstacle ira-t-il se heurter?

Il faut faire ton choix, et ta raison captive Ne pouvant s’échapper de cette alternative Sera, tu vas le voir, contrainte d’eflacer La limite qu’au monde elle prétend fixer.

Car soit que quelque chose intercepte à distance La flèche, soit que libre au loin elle s’élance,

Tu vois bien, en prenant l’un ou l’autre parti,

Que le bord n’était pas d’où le trait est parti.

Avance, si tu veux, avance ta limite,

Tu ne peux m’éluder; de poursuite en poursuite Je t’arrête et je dis : que devient notre trait?

Ainsi toujours, toujours ta borne avancerait,

Et partout à l’archer, n’importe où tu le places, L’immensité sans fin ouvre d’autres espaces 1 2 . —

Hors de lui l’univers n’a rien qui le termine.

Si tu veux concevoir cet espace, imagine Qu’un grand fleuve coulant durant l’éternité Se précipite au fond de cette immensité ;

Il aurait beau chercher dans sa course éternelle La limite, il serait toujours aussi loin d’elle *.

2. I» 1002. — On ne peut faire comprendre l’espace infini et l’éternité qu’à l’aide de pareilles images. « Élevez, dit un prêtre bouddhiste, une vaste enceinte de murailles, qu’elle ait des milles de circonférence et des centaines de mètres de profondeur; remplissez cette en-

Ces longues descriptions des atomes et du vide qui remplissent les deux premiers livres et qui semblent braver toute poésie, doivent surtout leur intérêt et leur crédit à la foi philosophique de Lucrèce. Un enthousiasme constant pour la doctrine du maître lui représente ces hypothèses comme des réalités. Pour lui, c’est peu d’y croire, il les voit, il assiste au travail de la nature à l’origine des choses. Il a lui-même le sentiment de cette puissance d’imagination quand il dit dans un élan d’orgueil et une effusion de bonheur : « Je vois l’univers se former au milieu du vide, totum video per inane geri res 1 . » Son regard perce non-seulement les libres espaces du ciel, mais à travers l’épaisseur de la terre plonge dans les espaces infinis qui s’ouvrent sous nos pieds,

Non tellus obstat quin omnia dispiciantur

Sub pedibus quæcunque infra per inane geruntur*.

Pour lui la nature n’a plus de voiles, elle est tout entière devant ses yeux :]

Tam manifesta patet ex omni parte retecta 5 .

Admirable lumière d’une imagination ardente, qui versera des feux en se concentrant dans la langue la plus précise.

ceinte de grains de sable et qu’une fois, tous les dix mille ans , un ange enlève un seul grain de ce sable , quand tous seront enlevés, vous ne serez qu’au commencement de l’éternité. »

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