‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 97 sur 111 · I. Cicéron, de Nat. de r., Il · texte numérisé non relu

I. Cicéron, de Nat. de r., Il

LA SCIENCE DE LUCRÈCE

décousue, traversée par l’irrationnelle intervention de mille divinités capricieuses, se présenta dans la claire et majestueuse simplicité de ses lois précises. Au plaisir de connaître, à l’orgueil de savoir, peutêtre à la satisfaction de voir diminuer le pouvoir de dieux plus craints que respectés, s’ajoutait l’admiration pour une œuvre poétique qui surpassait en grandeur et en éclat tout ce qu’avait produit la littérature nationale. Aussi voit-on que presque tous les poètes, venus depuis, déposent un hommage aux pieds de Lucrèce. S’ils n’osent prononcer son nom par une sorte de bienséance religieuse ou morale, ils lui apportent le tribut de leur reconnaissance discrète et presque clandestine. Ils lui disent à mots couverts ce que Lucrèce dans un beau transport disait à Épicure : « O toi qui le premier levas sur nos profondes ténèbres le clair flambeau de la science, nous montrant le vrai chemin de la vie, je veux marcher sur tes pas ,

E tenebris tantis tara clarura extollere lumen Qui primus potuisti, illustrant commoda vitæ.

Te sequor (III, 1.)

Ils veulent le suivre, ils ne peuvent et déclarent ingénument leur impuissance. Ils vont prendre leur élan pour pénétrer dans les mystères de la nature, mais ils se sentent retenus par leur faiblesse et se renferment dans une modestie nécessaire.

Faute de pouvoir imiter Lucrèce, ils s’inclinent devant lui :

Leur génie étonné tremble devant le sien.

Recueillons d’abord les naïfs aveux d’un jeune poète inconnu , qui est peut-être Cornélius Gallus, le contemporain et l'ami de Virgile, l’auteur présumé d’un petit poème intitulé Ciris. Il n’a point encore trouvé sa voie ni en philosophie, ni en poésie, et fait part de ses hésitations à son protecteur Messala. Il étudie dans Athènes où il respire, dit-il, les doux parfums des jardins d’Épicure. Sa muse a déjà osé lever les yeux vers les astres et suivre sur des hauteurs peu fréquentées le sentier de la science. 11 voudrait, comme Lucrèce, qu’il ne nomme pas, mais qu’il désigne, contempler de haut sur la terre les égarements des hommes, et mêler le nom de son protecteur aux grands spectacles de la nature; mais sa jeunesse ne fait que de naître à de si hautes spéculations et ses forces le trahissent,

Altius ad magni suspexit sidéra mundi,

Et licitum paucis ausa est adscendere collem ....

Unde hominum errores longe lateque per orbem

Despicere atque humiles possem contemnere curas... .

Sed quoniam ad tantas nunc primura nascimur artes,

Nunc primum teneros firmamus robore nervos. . . . *.

Ce jeune étudiant d’Athènes est ici, comme le

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